Soutenance de Clarisse Evrard

Soutenance de thèse

Clarisse Evrard, "Ut majolica epica" : peindre l'imaginaire chevaleresque dans la majolique du Cinquecento

10 décembre - Clarisse Evrard, "Ut majolica epica" : peindre l'imaginaire chevaleresque dans la majolique du Cinquecento

mardi 10 décembre 2019 à 9h00
L'École des chartes - 65 Rue de Richelieu, salle Léopold Delisle, Paris

Résumé :
Que l'on évoque les épopées virgilienne et homériques, les poèmes ovidiens, les récits bibliques ou les historiens antiques, toutes ces sources littéraires ont considérablement inspiré les arts décoratifs du XVIe siècle, en particulier dans l'Italie des cours humanistes par le biais des livres illustrés et des gravures. Conférer une telle fonction à un modèle textuel amène ainsi à interroger le statut de ces images et engage une réflexion sur les enjeux de la transposition, du traitement des sources et des modalités de production et de réception des pièces créées dans les différents domaines artistiques. Une œuvre retient particulièrement l'attention du fait de son utilisation comme source iconographique par les artisans dès sa publication : !'Orlando furioso de !'Arioste, poète à la cour des Este. Cette épopée, éditée en 1516 puis, dans sa version finale en 1532, relève à la fois de la tradition épique antique mais aussi de la chanson de geste médiévale. Riche de cette double intertextualité, le poème a connu une fortune considérable, à l'exemple de son utilisation par les peintres de majolique. Or, la variété du corpus des majoliques inspirées du Furioso, noyau original de notre projet, suscite de nombreuses interrogations. Pourquoi une telle fortune de l'épopée d'Arioste auprès des maiolicari ? Cette question, au centre notre étude, consiste dès lors à expliquer comment et pourquoi les modèles chevaleresques ont été utilisés par les peintres de majolique dans l'Italie à la Renaissance. En découlent de nombreuses interrogations complémentaires afin d'en envisager toutes les dimensions : est-ce un unicum propre à la majolique ou participe-t-elle d'une iconographie plus générale dans les arts italiens du XVIe siècle ? Dans ce cas, quelle place l'imaginaire chevaleresque occupe-t-il dans le répertoire de la céramique ? De quelles traditions relève-t-il ?S'agit-il de l'élaboration d'un imaginaire relevant d'un héritage médiéval, de l'ordre de l'imitatio, ou revue au prisme des conceptions humanistes, et donc témoignant d'une forme d'inventio des artisans ? Quels en sont les modèles, les sources littéraires et culturelles et les modalités de transposition ? Quelles caractéristiques, fonctions et significations peut-on alors lui donner ? Que traduit cet imaginaire quant aux goûts des commanditaires ? Quelles interactions avec les autres arts peut-on établir ? Quelles images et valeurs véhicule-t-il et en quoi apporte-t-il un éclairage sur la culture et les fonctions de l'image dans les intérieurs du Cinquecento ? Autant de questions que nous nous soulèveron_s en proposant une lecture pluridisciplinaire de ces majoliques chevaleresques, tout à la fois objets d'art et pièces d'usage, axée sur leur contexte et leur place dans les arts italiens de la Renaissance, les relations entre leur iconographie et les modèles, entre leurs formes et leurs usages, entre leurs fonctions socio-culturelles et leurs significations. Il s'agit in fine de présenter une réflexion globale sur la production et la réception de ces images créées par les maiolicari comme « peintures-objets », véhiculant des valeurs et des discours, en analysant les interactions entre art de la céramique, perspectives littéraire et artistique, sémiologie de l'image, culture visuelle et histoire du goût.