Institut de Recherches Historiques du Septentrion

Mémoires croisées de la bataille : Malplaquet entre France et Pays-Bas/ Transnational Memory of the Battle : Malplaquet, between France and the Netherlands.

Projet de soutien à l'internationalisation-UdL (2016-2018)

Porteur : Catherine Denys, Benjamin Deruelle (IRHiS, UdL)

Le projet de LIA sur les « mémoires croisées de la bataille » vise à créer une collaboration structurante entre l’université de Lille et l’université d’Amsterdam dans le domaine stratégique des études sur la guerre et la mémoire. Depuis les travaux britanniques qui ont rénové l’histoire militaire en Europe, les historiens interviennent en première ligne dans le débat brûlant sur les politiques mémorielles. Les « war studies » et « memories studies » sont aujourd’hui au cœur des préconisations d’une Europe en quête d’identité, soucieuse de mettre en valeur une mémoire européenne commune, en dépit d’un passé très conflictuel entre ses peuples, que la crise migratoire actuelle ne cesse de réveiller. Le projet est également directement lié au développement et à la mise en œuvre de méthodologies historiennes innovantes, relevant des Humanités numériques et des Visual Studies, au cœur des priorités scientifiques de l’UDL. Enfin, il associe recherche scientifique approfondie et projet de développement local, sur le site de la bataille de Malplaquet, relevant de la commune de Taisnières-sur-Hon, dans l’Avesnois, dans une démarche reproductible à d’autres sites. L’immense succès des manifestations autour du bicentenaire de Waterloo et du cinq-centième anniversaire de Marignan – auquel l’IRHIS a activement participé – prouve tout l’intérêt que porte le grand public à « revivre » les batailles passées et le potentiel économique du « tourisme de mémoire ».

 

Le projet de LIA « mémoires croisées de la bataille » repose sur l’étude croisée des mémoires françaises et hollandaises de la bataille de Malplaquet près de Mons, qui s’est déroulée le 11 septembre 1709 et a vu la défaite de l’armée de Louis XIV face à une armée coalisée (Anglais, Hollandais, Impériaux). L’opinion publique en Europe s’est immédiatement emparée de l’événement, à cause du nombre élevé des victimes (au moins 12000 morts et 20000 blessés). Il ne s’agit pas ici de retracer l’événement, mais d’étudier sa mise en récits et son écho à travers les journaux, communiqués, correspondances, mémoires privés, tableaux, gravures,  puis de suivre les avatars de la mémoire qui en est restée, jusqu’à nos jours, en France et aux Pays-Bas. L’originalité de l’approche tient à la combinaison de regards néerlandais et français sur un objet historique commun, à l’utilisation comparée et croisée des archives fournies par les deux pays, afin d’établir si les mémoires de l’événement se construisent et évoluent l’une par rapport à l’autre ou de manière totalement indépendante. Des travaux historiques en ce sens sont conduits entre la France et l’Allemagne, mais entre les Pays-Bas et la France, rien n’a été tenté depuis le livre de Pim den Boer et Willem Frijhoff sur les “lieux de mémoire” français et néerlandais, paru en 1993. Il s’agit également de tester une méthodologie de travail historique internationale, reproductible à d’autres batailles européennes.

 

Le cœur de ce projet de LIA repose donc sur la collaboration étroite et le travail parallèle et croisé qui sera mené par les deux équipes d’historiens, en France et aux Pays-Bas, qui superviseront la construction de bases de données images et textes tirés des archives et bibliothèques des deux pays et se rencontreront régulièrement  (au moins deux fois par an, en plus des correspondances) pour établir et mettre en œuvre une méthode commune,  avancer la réflexion sur le sujet, contrôler l’avancement du travail. Deux étudiants en Master, à Amsterdam et à Lille, seront dirigés parallèlement pendant la première année, et un financement de doctorat sera sollicité dans les deux universités à partir de la deuxième année du programme pour proposer un contrat doctoral en co-tutelle. Les deux équipes prépareront pour la troisième année une session dans une conférence internationale (comme l’ESSHC). Une publication commune en anglais dans une revue internationale à comité de lecture est également prévue à l’issue du programme. Les universitaires joueront, enfin, un rôle d’expertise et d’animation scientifique dans le projet de développement du site de Malplaquet, actuellement à l’étude, sur la commune de Taisnières (Nord), pour proposer des contenus et des prototypes muséographiques innovants, développés en partenariat avec les équipes du CPER MAUVE. Ainsi, l’objectif du LIA consiste aussi à tester sur le terrain les possibilités de valorisation culturelle et économique d’une méthode complète et efficiente de recherche historique internationale de haut niveau.

 

Ce projet est un moyen d’ouvrir un chantier nouveau et de conforter la place de l’université de Lille au sein des collaborations avec les meilleures équipes de recherche nord-européennes. L’impact attendu sur la structuration du laboratoire IRHIS, le renforcement de sa spécialisation dans les études sur la guerre et la mémoire, est également une priorité au moment où les études sur la guerre connaissent (malheureusement) un regain d’actualité et où le ministère de la Défense cherche à identifier quelques universités en France capables de devenir des centres réputés des « war studies ». L’IRHIS, Institut de Recherche Historique du Septentrion, UMR CNRS-Lille3 8529, a de sérieux atouts à faire valoir : son implantation dans une région marquée par la guerre, ses relations avec la mission LEDS (Lille-Eurométropole-Défense-Sécurité) et les institutions militaires basées à Lille (commandement Armée de terre, corps de réaction rapide OTAN), son expertise en matière d’études visuelles (participation à l’Equipex Irdive et membre fondateur du programme Visual Studies), enfin la cohérence et l’enthousiasme d’une équipe de spécialistes qui coaniment l’axe 3 du laboratoire et le parcours de Master « Etudes sur la Guerre et la Sécurité », ouvert en 2015. Le soutien du réseau franco-néerlandais hébergé à l’Université de Lille-SHS est également acquis.

 

À travers le projet, l’objectif des deux équipes vise aussi le rapprochement et l’internationalisation des deux Masters existants et des Doctorats afin de former des jeunes chercheurs ouverts à une double culture, capables d’un regard distancié sur l’histoire européenne. Le lien avec le projet Malplaquet à Taisnières assurera aussi à ces étudiants une expérience de valorisation culturelle et économique essentielle. À terme, on compte que ce renforcement de la collaboration entre les historiens des universités de Lille et d’Amsterdam, ajouté aux relations déjà bien établies avec les collègues des universités belges ou anglaises, formera un terreau solide pour monter des projets plus ambitieux (ANR ORA, Master Erasmus+, H2020) dans une thématique essentielle pour l’Europe.

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L’équipe française se compose de 3 MCF et 2 PR :

  • Benjamin Deruelle, porteur du projet, jeune chercheur spécialisé dans l’étude de l’impact des valeurs chevaleresques militaires au sein de la noblesse française du 16e siècle ;
  • Jean de Préneuf, spécialisé dans l’histoire militaire maritime contemporaine et professeur à l’Ecole de Guerre à Paris,
  • Elise Julien, MCF à l’IEP, spécialiste de la mémoire de  la première guerre mondiale entre France et Allemagne ;
  • Catherine Denys, spécialiste des relations entre civils et militaires dans les Pays-Bas habsbourgeois au 18e siècle
  • Stéphane Michonneau, spécialiste de la mémoire contemporaine des conflits.

Du côté néerlandais, l’université d’Amsterdam compte parmi les plus grandes universités européennes de recherche. Elle héberge « the Amsterdam School of History » qui a été évaluée comme excellente par l’organisme d’accréditation des universités néerlandaises en 2013. L’équipe se compose de trois historiens spécialistes de l’histoire militaire membres de l’ASH.

  • Le Professeur Dr Wim Klinkert
  • Le professeur associé Dr Samuël Kruizinga
              partagent une expertise commune sur l’histoire militaire néerlandaise et sur la mémoire des conflits. Ils viennent de copublier un ouvrage sur l’impact de la Première Guerre mondiale aux Pays-Bas.
  • Wim Klinkert est également professeur à l’Académie néerlandaise de Défense, à Breda. Ensemble, ils y animent un Master d’histoire militaire réputé.
  • Le professeur Marjolein ‘t Hart, membre du prestigieux Huygens Institute for the History of the Netherlands, de l’Académie royale des Arts et des Sciences, est une autorité reconnue internationalement pour ses publications sur l’impact financier des guerres de l’époque moderne en Europe.
  • 9 December 2016, IRHiS
    M&M project : Second Meeting
    10h15-10h30 welcome coffee
    10h30-10h50 : A rapid overview of the international stakes of the battle of Malplaquet  in the early modern period (Pr. Catherine Denys)
    10h 50-11h 10 : The battle of Malplaquet seen by the English iconography (Guillaume Corue)
    11h10-11h30 : A state of art of the French historiography of memories of battles (Pr. Stéphane Michonneau)
    11h30-12h30 : Presentation of the current work on the French part of the databasis (Guillaume Corue & Pr. Catherine Denys)
    12h30- 13h 30 : lunch
    13h30-15h00 : discussion on the databasis : architecture, thesaurus, archives, etc.
    15h00-15h30 : discussion on the agenda for the next step