Institut de Recherches Historiques du Septentrion

Commémoration des deux guerres mondiales en Hauts-de-France et en Wallonie : usages politiques, construction identitaires et pratiques locales (1918-2016)

Projet de soutien à l'internationalisation-UdL (2017-2020)

Porteur : Stéphane Michonneau (IRHiS, ULille)

Partenaires : Laurence Van Ypersele (INCAL/LARHiS, Université de Louvain-la-Neuve) et Chantal Kesteloot (CEGESOMA/Archives de l'État)

Équipe : Christine Aubry, Martine Aubry (IRHiS, ULille)

Le projet de LIA sur les « Commémorations des deux guerres mondiales en Hauts-de-France et en Wallonie » vise à créer une collaboration structurante entre l’université de Lille/Archives départementales du Nord,  l’université catholique de Louvain/Centre d’Etudes Guerre et Sociétés contemporaine (Cegesoma-Archives de l’Etat) dans le domaine stratégique des études sur la guerre et la mémoire. Depuis les travaux britanniques qui ont rénové l’histoire militaire en Europe, les historiens interviennent en première ligne dans le débat brûlant sur les politiques mémorielles. En France et en Belgique, l’historiographie de la mémoire s’est beaucoup développée depuis les années 1980, constituant l’un des fronts de renouvellement des sciences historiques. Les « war studies » et « memory studies » sont aujourd’hui au cœur des préconisations d’une Europe en quête d’identité, soucieuse de mettre en valeur une mémoire européenne commune, en dépit d’un passé très conflictuel entre ses peuples. Le projet est également directement lié au développement et à la mise en œuvre de méthodologies historiennes innovantes, relevant des Humanités numériques et de l’analyse des images et des monuments, au cœur des priorités scientifiques de l’UDL. Enfin, il associe recherche scientifique approfondie et projet de développement local à partir de six cas d’études, dans une démarche reproductible à d’autres sites. L’immense succès des manifestations autour du centenaire de la Première Guerre mondiale – auquel l’IRHIS a activement participé – prouve tout l’intérêt que porte le grand public à connaître l’ombre portée des deux guerres mondiales sur nos sociétés, notamment en ce qui concerne le potentiel économique du « tourisme de mémoire » (« darktourism »).

Hauts-de-France et Wallonie partagent des expériences communes des deux guerres mondiales qui ont façonné un rapport au passé singulier où les guerres ont contribué à forger les sociétés du temps présent : pour la Première Guerre mondiale, la perception défensive de la guerre, une mobilisation massive aussi bien des soldats que des civils, un front de guerre commun qui traverse la frontière, une expérience de l’occupation ennemie, des conceptions similaires de la victoire et des mémoires du conflit reposant sur le deuil, la consolation et la préservation de certains restes de la guerre. Les formes que revêtent les commémorations sont proches, souvent imitées l’une de l’autre : une célébration de la victoire le 11 novembre, un soldat inconnu, une flamme du souvenir, la multiplication des monuments communaux, etc. Les États mais aussi les populations sont des acteurs centraux des commémorations et le mythe national en est revigoré, notamment au cours du centenaire de la Belgique en 1930.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le cadre commémoratif du premier conflit mondial s’impose : il s’agissait dans les deux pays d’honorer les morts et les victimes de la guerre en tant que héros et martyrs. On assiste, selon Laurence van Ypersele, « à d’innombrables manifestations nationales, locales ou corporatives qui cherchent à articuler la mémoire des deux guerres mondiales à travers un univers mental héroïsant, au pied du Soldat inconnu » (La Revue du Nord, 2014-1). Mais les commémorations de la Seconde Guerre mondiale sont plus variées et contradictoires entre elles (la Résistance, la Déportation, les « Malgré-nous », les combattants, les prisonniers, la question léopoldienne, etc.) et partant, moins unifiées géographiquement, socialement et politiquement. Les avatars du 8 mai dont le statut n’a cessé de changé aussi bien en France qu’en Belgique, en témoignent avec force. Dans les décennies suivantes, si la mémoire de la Seconde Guerre mondiale finit par éclipser la première, comme en témoigne la panthéonisation de Jean Moulin en 1964, l’essoufflement des commémorations est partout perceptible dans les années 1970, notamment dans le contexte de la remise en question de la Belgique unitaire. Là, la communautarisation et la régionalisation développent des traditions variées qui donnent aux entités fédérées un rôle de premier plan.

Depuis les années 1990, un renouveau commémoratif est notable, dans le sillage du 50e anniversaire de la Seconde Guerre mondiale tant en France qu’en Belgique. Ce phénomène n’est pas à séparer d’une internationalisation des commémorations, de plus en plus perceptible ni d’une (re)mobilisation politique et morale du passé. Dans les années 2000, la mémoire de la Première Guerre mondiale mobilise la passion de l’opinion publique. En Belgique, la célébration du centenaire de ce conflit a révélé un puissant dynamisme local caractérisé par une grande pluralité des acteurs mettant l’accent sur l’expérience locale de la guerre, c’est-à-dire autant les zones d’occupation que celles du front, creusant les différences régionales. En France, où l’expérience locale s’est révélée également importante, cette célébration a été l’occasion de réaffirmer l’unité nationale. Mais, des deux côtés, l’accent commémoratif s’est déplacé de l’héroïsation des combattants vers la victimisation de tous les acteurs du conflit. Dans les deux cas donc, la floraison des initiatives locales est patente (plus de 2000 projets labélisés par le Comité du Centenaire en France) : à ce titre, la région Nord-Pas-de-Calais a investi 10 millions d’euros pour cet anniversaire. La région wallonne a été aussi à la pointe de la mobilisation commémorative en investissant 8 millions d’euros face à un État fédéral en retrait. Mais elle n’est pas seule : les communes ont-elles aussi largement répondu présent. Le tourisme de mémoire a pris dans les deux régions des proportions considérables qui en font un agent de développement économique local de premier plan. Ainsi, si les cadres nationaux de mémoires sont depuis longtemps étudiés, la part des initiatives locales et régionales, révélées lors du centenaire, mérite attention. Les interactions entre les instances nationales, internationales, régionales et locales seront au cœur de ce projet, selon une approche micro-historique qui permet de saisir au plus prêt le jeu des acteurs et le poids des mémoires locales.

La proposition se décline en trois axes : usages politiques, constructions identitaires et pratiques locales. Le premier envisage la commémoration comme la résultante d’un processus négocié entre les différents acteurs du champ politique, social, voire culturel ou encore militaire. Comment les décisions sont-elles prises ? Sur quels enjeux portent les éventuels débats ? À partir de quand et jusque quand commémore-t-on un événement ? Quelle est la place/le rôle des différents acteurs : groupes de pression, médias, classe politique ? Quelle est l’influence des contextes local, régional, national et international ? Quels sont les groupes cibles et, a contrario, les « oubliés » de la commémoration ? Comment élabore-t-on un programme commémoratif ? Y a-t-il des « modèles » commémoratifs ? Il s’agira ici de déterminer les objectifs affichés par les autorités responsables des commémorations étudiées et de repérer les processus de mode de décision qui se sont succédé depuis 1918. Le deuxième axe s’intéresse aux modalités des commémorations comprises comme des rituels. Comment commémore-t-on (à travers des rassemblements classiques, des expositions, des documentaires, des colloques, rénovation des monuments et visites de lieux, voire aujourd’hui la création d’outils virtuels)? Qui s’exprime, à quel moment et en quel(s) lieu(x) ? Quels groupes intègre-t-elle ? Quels sont ceux qui ne sont considérés que comme spectateur ? Comment est-elle perçue ? Enfin, le troisième axe envisage l’impact des commémorations dans une population marquée par les souvenirs et les expériences de guerre : quels sont les groupes qui sont inclus ou demeurent extérieurs aux commémorations ? Comment vivent-ils ce passé commémoré dès lors qu’il n’est pas considéré comme étant le leur ? Les commémorations répondent-elles à une attente sociale et comment peut-elle être mesurée ? Comment s’organisent des mémoires alternatives ? Ici, le dialogue avec les psychologues sociaux sera mis en œuvre.

Le projet de LIA sur les « Commémorations des deux guerres mondiales en Hauts-de-France et en Wallonie» comprend plusieurs originalités : il s’appuie sur une historiographie amplement renouvelée depuis trois décennies, depuis les premiers travaux d’Antoine Prost portant sur les mémoires de la Première Guerre mondiale en France (1979). Mais à rebours d’une perspective trop étroitement nationale, ce projet est comparatiste. Ce faisant, il peut compter sur une méthodologie déjà éprouvée pour la France et de l’Allemagne (Élise Julien, 2009) mais paradoxalement pas pour la France et la Belgique. Une autre originalité est de considérer deux traditions mémorielles régionales en insistant sur le jeu d’échelle entre États, régions, municipalités et sociétés civiles, dans un contexte d’internationalisation des commémorations. En effet, les études mémorielles ont trop exclusivement envisagé le problème depuis la seule vision de l’État, comme si les commémorations ne résultaient que d’une seule impulsion top-down. Nous croyons au contraire qu’il faut analyser la complexité des initiatives locales et régionales, en lien avec les impulsions étatiques, voire internationales (l’Union européenne en tant qu’instance supra-nationale mais également les influences des États ou des régions les uns sur les autres). Troisième originalité, le projet de LIA entend se concentrer sur l'étude du feuilletage des mémoires des deux guerres mondiales dont les modes d’accroche peuvent différer en France et en Belgique : c’est pourquoi le projet entend se limiter à six cas d’étude : Liège, Namur, Mons, Lille, Rambouillet-Noyon et Arras. Le choix de ces villes est motivé par le fait qu’une majorité des sites des deux conflits est située sur les lieux mêmes des combats, autour des nécropoles notamment. Même les musées situés en ville, comme l’Historial de Péronne, présentent surtout les combats du front, sauf exposition temporaire. De ce fait, les mémoires urbaines de la guerre passent souvent au second plan. Enfin, quatrième originalité, cette histoire comparée est également croisée car des soldats français furent tués sur le sol belge et vice-versa. De même, dans les deux régions considérées, la souffrance des civils égale et parfois surpasse celle des militaires, du fait de l’occupation (bombardements, réquisitions, massacres, famines, etc.) et d’intenses mouvements de population de part et d’autre de la frontière (réfugiés, sinistrés, exode, etc.). Ces faits, envisagés selon une perspective résolument transnationale, peuvent contraster avec l’organisation des mémoires après-guerre. De ce fait, les villes choisies sont à la fois des hauts-lieux de bataille et des laboratoires particulièrement saillants de la pluralité des mémoires victimaires. Les formes de la mémoire se fondent ici sur les particularités locales des formes de guerre.

Le cœur de ce projet de LIA repose sur la collaboration étroite et le travail parallèle et croisé qui sera mené par les deux équipes d’historiens, en France et en Belgique, qui superviseront l’articulation et l’enrichissement de plusieurs bases de données communes déjà constituées. Celle de l’université de Lille répertorie à ce jour 1995 monuments pour les Hauts-de-France mais seulement 252 monuments pour la Belgique dont 111 pour la Wallonie (http://monumentsmorts.univ-lille3.fr). Celles de l’UCL, l’une à propos de Liège et Anvers répertorie à ce jour 250 traces mémorielles ; l’autre, à propos de Bruxelles en répertorie 637. Les scientifiques établiront et mettront en œuvre une méthode commune, avanceront la réflexion sur le sujet, contrôleront l’avancement du travail. Deux étudiants en Master, à Louvain et à Lille, seront dirigés parallèlement pendant deux ans. Pendant  trois ans, les étudiants de Master et les doctorants travaillant sur les deux guerres mondiales travailleront ensemble deux fois par an. Des stages liés au développement de la base de données unifiée leur seront réservés. Les deux équipes prépareront pour la troisième année une publication commune en anglais, dans une revue internationale à comité de lecture, sur le phénomène commémoratif et son analyse.

Les universitaires joueront, enfin, un rôle d’expertise et d’animation scientifique dans le projet de développement de visites urbaines à l’aide d’un outil numérique en réalité augmentée permettant de visualiser in situ des documents d’époque, et de comprendre ainsi les conditions concrètes de la vie pendant la guerre et les commémorations qui s’ensuivirent. L’outil permettra aussi d’établir son propre circuit de visite à l’aide d’un plan interactif qui prendra en compte le temps disponible du visiteur et les thématiques qui l’intéressent en priorité. S’il le souhaite, le visiteur pourra accéder à une documentation plus poussée afin d’enrichir les informations visuelles (photographies familiales, photographie de presse, cartes postales) par d’autres documents (témoignages littéraires et oraux, journaux, plans, etc.) et des commentaires. Dans un premier temps, le projet portera sur les villes de la conurbation de Lille-Roubaix-Tourcoing, pour laquelle la documentation est repérée et particulièrement abondante. La méthode et les moyens mis en œuvre pour la réalisation de ce prototype de la métropole lilloise seront étendus par la suite aux autres villes retenues par le projet. La mise en œuvre de cette recherche appliquée repose également sur un appel à projet du ministère de la Défense intitulé « Service numérique innovant et tourisme de la mémoire en France », pour lequel l’IRHiS candidate en 2017 (15 000€), en collaboration avec l’entreprise Dévocité. Ainsi, l’objectif du LIA consiste aussi à tester sur le terrain les possibilités de valorisation culturelle et économique d’une méthode complète et efficiente de recherche historique internationale de haut niveau.

Le budget demandé couvre essentiellement des frais de mission (transport, hébergement) pour les collègues membres du LIA afin de pouvoir se réunir régulièrement à Lille et Louvain. Il intègre également des frais de missions pour les étudiants de Master qui devront travailler dans les archives et bibliothèques des six villes concernées. Il prévoit également des frais de développement informatique pour organiser une seule de base de données à partir de celles qui existent, et l’outil numérique proposé (« application » pour tous supports). Le budget compte sur la participation de l’université de Lille-SHS (UFR et IRHiS) et sur celle des partenaires belges (Université catholique de Louvain et Cegesoma).

Ce projet est un moyen d’ouvrir un chantier nouveau et de conforter la place de l’université de Lille au sein des collaborations avec les meilleures équipes de recherche nord-européennes. L’impact attendu sur la structuration du laboratoire IRHiS, le renforcement de sa spécialisation dans les études sur la guerre et la mémoire, est également une priorité au moment où les études sur la guerre connaissent un regain d’actualité : à ce titre, l’IRHiS s’emploie à fédérer un pôle lillois de « War studies », « Lille Sécurité Défense », comprenant tous les acteurs universitaires concernés par cette question afin de répondre à un appel à projet national du ministère de la Défense au printemps 2017. L’IRHIS, Institut de Recherche Historiques du Septentrion (UMR CNRS-Lille3 8529), a de sérieux atouts à faire valoir : son implantation dans une région marquée par la guerre, ses relations avec la mission LEDS (Lille-Eurométropole-Défense-Sécurité) et les institutions militaires basées à Lille (commandement Armée de terre, corps de réaction rapide OTAN, état major inter-armée de la Zone de défense Nord), son expertise en matière d’études visuelles (participation à l’Equipex Irdive et membre fondateur du programme « Visual Studies »), enfin la cohérence et l’enthousiasme d’une équipe de spécialistes qui animent l’axe 3 du laboratoire « Guerre, sécurité et (des)ordres public(s) », et le parcours de Master « Études sur la Guerre et la Sécurité », ouvert en 2015.

Outre les étudiants de Master et de Doctorat à recruter, l’équipe française se compose d’1 PR, de 3 MCF et de 2 chercheurs associés : Stéphane Michonneau, 50 ans, PR à l’Université de Lille-SHS, spécialiste de la mémoire des conflits contemporains ; Elise Julien, 40 ans, MCF à l’IEP, spécialiste de la mémoire de  la Première Guerre mondiale entre France et Allemagne et membre du Comité français du Centenaire ; Matthieu de Oliveira, 40 ans, MCF à l’Université de Lille-SHS, spécialiste d’histoire économique et principal animateur de la base de données sur les monuments aux morts qu’héberge l’université ; Jean de Préneuf, 46 ans, spécialisé dans l’histoire militaire maritime contemporaine et professeur à l’École de Guerre à Paris ; Philippe Diest, 31 ans, chercheur associé à l’IRHiS, actuellement professeur dans le secondaire et spécialiste du fait militaire, du patrimoine et des mémoires militaires ; Martine Aubry, 65 ans, chercheure associée à l’IRHiS, fondatrice et animatrice de la base de données sur les monuments aux morts citée plus haut.

Du côté wallon, à l’UCL, le LaRHis (Laboratoire de recherches historiques) rassemble des historiens de l’UCL intéressés par des thématiques de recherche variées (histoire culturelle et religieuse, histoire économique et sociale, histoire du genre, etc.) inscrites dans une perspective diachronique et interdisciplinaire. Les historiens du LaRHis cultivent le goût du récit complexe des phénomènes historiques, saisissant les changements et les continuités, ainsi que leurs superpositions. Les questionnements partagés par les membres du laboratoire s’articulent autour des acteurs, réseaux, modèles de négociations et systèmes de représentations. Parmi eux, 2 professeurs et 2 doctorantes travaillent sur la Première Guerre mondiale. Laurence van Ypersele (50 ans), professeur ordinaire, est une spécialiste de la Grande Guerre et de sa mémoire en Belgique ; Emmanuel Debruyne (42 ans), professeur, est spécialiste des réseaux de renseignements des deux guerres mondiales ; Elise Resöhaszy (25 ans) réalise une thèse de doctorat sur le contre-espionnage allemand en zones occupées belges et françaises en 14-18 ; et Karla Vanraepenbusch (30 ans) mène une thèse de doctorat sur les traces mémorielles de 14-18 à Anvers et à Liège. Le Cegesoma (Centre d'étude et de documentation Guerre et sociétés contemporaine), à Bruxelles, est le centre d'expertise belge pour l'histoire des conflits du 20e siècle. Il procède à des recherches, s'adonne à l'histoire publique et conserve de la documentation. Il forme depuis le 1er janvier 2016 la 4e Direction opérationnelle des Archives de l'État. Il constitue une plateforme pour des activités scientifiques et sociétales en Belgique et à l'étranger, en particulier pour ce qui a trait aux deux guerres mondiales. En son sein, Chantal Kesteloot (52 ans) est chercheuse spécialiste des guerres mondiales et de leurs mémoires en Belgique, et chargée de la direction du secteur d'Histoire publique ("Public History"). L'implication de cette institution, très liée au LaRHis par de nombreux projets communs, constitue, aux côtés des Archives départementales du Nord, un atout.

À travers le projet, l’objectif des deux équipes vise aussi le rapprochement et l’internationalisation des étudiants de master et des doctorants afin de former des jeunes chercheurs ouverts à une double culture, capables d’un regard distancié sur l’histoire européenne. Cette collaboration est déjà effective grâce aux financements conjoints des universités de Louvain et de Lille (Projet « Relations internationales ») : en 2017, deux séries de rencontres sont prévues, l’une à Lille (2-3 février), l’autre à Louvain (24-25 avril). Elles consistent en des visites de sites, des conférences méthodologiques et historiographiques communes et à des ateliers collectifs effectués dans des centres d’archives (Archives départementales du Nord). À terme, nous espérons devenir une véritable équipe internationale capable de monter des projets plus ambitieux (Interreg).

Bilan dans le cadre des projets de soutien à l’internationalisation

AAP BQR ULille – Commission recherche du 10 mars 2017

 

Type de projet :

-        Création d’un LAI

 

Type de projet

Création d'un LAI

Intitulé du projet soutenu

Commémorations des deux guerres mondiales en Hauts-de-France et en Wallonie : usages politiques, constructions identitaires et pratiques locales (1918-2016)

Montant du financement

20 000 €

Laboratoire

IRHiS

Responsable scientifique

Stéphane Michonneau

1.     Résumé du projet

Le projet de LIA sur les « Commémorations des deux guerres mondiales en Hauts-de-France et en Wallonie » vise à créer une collaboration structurante entre l’université de Lille/Archives départementales du NordDN,  et l’université catholique de Louvain/n et le Centre d’Études Guerre et Sociétés contemporaine (Cegesoma-Archives de l’État) dans le domaine stratégique des études sur la guerre et la mémoire. Le projet est également directement lié au développement et à la mise en œuvre de méthodologies historiennes innovantes, relevant des Humanités numériques et de l’analyse des images et des monuments, au cœur des priorités scientifiques de l’UDL. Enfin, il associe recherche scientifique approfondie et projet de développement local à partir de six cas d’études, dans une démarche reproductible à d’autres sites.

Ainsi, Hauts-de-France et Wallonie partagent des expériences communes des deux guerres mondiales qui ont façonné un rapport au passé singulier où les guerres ont contribué à forger les sociétés du temps présent. Ainsi, si les cadres nationaux de mémoires sont depuis longtemps étudiés, la part des initiatives locales et régionales, révélées lors du centenaire, mérite attention. Les interactions entre les instances nationales, internationales, régionales et locales sont au cœur de ce projet.

La proposition se décline en trois axes : usages politiques, constructions identitaires et pratiques locales. Le premier envisage la commémoration comme la résultante d’un processus négocié entre les différents acteurs du champ politique, social, voire culturel ou encore militaire. Le deuxième axe s’intéresse aux modalités des commémorations comprises comme des rituels. Enfin, le troisième axe envisage l’impact des commémorations dans une population marquée par les souvenirs et les expériences de guerre.

Le projet de LIA comprend plusieurs originalités : d'abord, il est comparatiste mais se situe à rebours d’une perspective trop étroitement nationale. Ensuite, il considère deux traditions mémorielles régionales en insistant sur le jeu d’échelle entre États, régions, municipalités et sociétés civiles, dans un contexte d’internationalisation des commémorations. Troisièmement, il se concentre sur l'étude du feuilletage des mémoires des deux guerres mondiales dont les modes d’accroche peuvent différer en France et en Belgique : c’est pourquoi le projet entend se limiter à six cas d’étude : Liège, Namur, Mons, Lille, Cambrai et Arras. Enfin, cette histoire comparée est également croisée car des soldats français furent tués sur le sol belge et vice-versa. De ce fait, les villes choisies sont à la fois des hauts-lieux de bataille et des laboratoires particulièrement saillants de la pluralité des mémoires victimaires.

Le projet repose sur deux équipes d’historiens, en France et en Belgique. En outre, il associe les étudiants de Master (Master "Étude sur la guerre et la sécurité à l'UdL) et de doctorant lors de rencontres régulières.

Il travaille au développement de visites urbaines à l’aide d’un outil numérique en réalité augmentée permettant de visualiser in situ des documents d’époque, et de comprendre ainsi les conditions concrètes de la vie pendant la guerre et les commémorations qui s’ensuivirent. Ce projet numérique a reçu des financements complémentaires (DRAC Haut-de-France, MESHS), en collaboration avec l'entreprise Devocité.

2.     Principaux résultats obtenus

1. Organisation de trois rencontres de mastérants les 2-3 février 2017, 24-25 avril 2017 et 7-8 décembre 2017.

2. Missions de recherche à Liège, Namur, Mons, Lille et Arras pour le développement de l'application numérique (vacations) <style> </style>

3. Homogénéisation des bases de données en vue de compléter la partie belge de http://monumentsmorts.univ-lille3.fr

4. Mise en place d'un protocole de sélection de la documentation retenue et rédaction des notices en vue d'alimenter l'application numérique.
5. Recherche de financements supplémentaires en vue de développer l'application numérique.

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3.     Travaux issus de la collaboration

Les rencontres régulières entre les équipes française et belge ont permis de créer des liens étroits. Elles ont consisté en une série de conférences (Annette Becker, Élise Julien, Chantal Kesteloot, Laurence van Ypersele), d'une présentation de la base de donnée Monuments14-18 (Martine Aubry), d'atelier de travail collectif des mastérants et des doctorants, de visites de sites commémoratifs (Leuwen, ND de Lorette, Vimy, Mouchet, Lille). Les ateliers se sont déroulés aux Archives départementales du Nord, à l'UCL et à la Médiathèque Jean Lévy. Les étudiants ont procédé à des relevés topographiques in situ, à la sélection de la documentation alimentant l'application numérique et à la rédaction des notices les accompagnant. La prochaine rencontre est prévue pour les 16-17 avril 2018.

Des vacations ont été utilisées pour compléter la documentation des villes de Lille et Arras, le travail restant à faire pour Cambrai. La partie belge est déjà réalisée.

L'homogénéisation des bases de données belge et française a été effectué par Martine Aubry et Karla Vanraepenbush : elle permet l'intégration de quelque 800 fiches descriptives à la base de données Monuments14-18.

La préparation de l'application numérique, en collaboration avec l'entreprise Dévocité, suit son cours : un prototype doit être prêt pour novembre 2018. Les équipes ont également recherché des financements complémentaires et ont obtenu l'appui actif de la MEL pour la partie lilloise

4.     Dans le cadre d’un LAI : Une convention est-elle en préparation et/ou signée

- Le LAI se repose sur la convention déjà signée entre l'UdL et l'UCL.

- Convention attributive de subvention SGAR/CNRS-IRHiS.

- Accord de consortium CNRS/IRHiS-UdL/Dévocité (en cours).

5.     Nombre de productions communes

La première année n'a pas donné lieu à des publications communes. Nous réservons la direction de deux sujets de Master pour 2019-2020.

Les bases de données française et belge sont en cours d'intégration.

Le prototype de l'application numérique est prévu pour novembre 2018.

6.     Projets déposés et/ou obtenus dans le cadre de la collaboration

- DRAC HdF (SGAR) : 18 000 €

- MESHS : 5 000 €

7.     Remarques éventuelles

Le LIA a d'ores et déjà contribué  au rapprochement et l’internationalisation des étudiants de master et des doctorants afin de former des jeunes chercheurs ouverts à une double culture.

En 2017, le financement fut de 4 260 € : 4 161,81 € ont été dépensé.

Pour les années suivantes, la répartition serait : 2018 : 8 040 € ; 2019 : 5 500 € ; 2020 : 2 200 €.

Cf. Budget LIA ci-joint.

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