Séminaire interdisciplinaire de l’École doctorale : « Où est passée la théorie ? »

Séminaire

organisé par IRHIS, STL, Faculté des Humanités, Gabriel Galvez-Behar et Gabrielle Radica

Argumentaire

Divers phénomènes semblent actuellement indiquer une désaffection à l’égard de la théorie, tant dans nos disciplines et la recherche qui s’y effectue, que plus généralement dans les pratiques, représentations et discours ordinaires actuels. Cette tendance s’affirme de diverses manières : à travers la préférence pour le particulier ou pour l’échelle « micro », comme en témoignent la micro-sociologie ou la micro-histoire, à travers le primat de la description sur d’autres formes de discours, voire à travers l’intérêt porté au caractère ordinaire des objets et des savoirs qui n’autoriserait pas de discours théorique ou savant.

Sur le plan méthodologique, une telle tendance peut conduire à privilégier le « donné » de l’archive à l’activité théorique, jugée détachée de l’expérience et de sa description et elle peut aboutir, dans certaines disciplines, à l’abandon des grandes théories globales (comme le suggère la dénonciation par Antoine Compagnon du « démon de la théorie »), et de toute ambition totalisante du savoir. Ce mouvement de méfiance et de fragmentation, qui amène à préférer les théories à la théorie puis le terrain aux théories, ne conduit-il d’ailleurs pas à privilégier les épistémologies situées à la science, voire à la notion de vérité (voir Étienne Klein, Allons-nous liquider la science ?) ?

Bien entendu, un diagnostic si général exige une distance critique, parce que la déconstruction des théories globales donne souvent lieu à une construction… théorique. Le rapport à la théorie n’est donc pas univoque et mérite lui-même d’être enquêté. Cette enquête sur la théorie est au cœur de ce séminaire doctoral qui l’abordera dans le domaine des humanités et des sciences sociales. L’objectif, est de permettre aux doctorantes et aux doctorants de se positionner par rapport à la théorie afin d’éviter tout rejet craintif ou toute révérence vaine. Il s’agira de susciter et favoriser leur réflexivité en montrant la théorie à l’œuvre, en éclairant ses réussites et ses impasses, en suggérant des analogies, en fournissant certaines typologies utiles pour la maîtrise de leurs propres recherches. La perspective sera collective et pluridisciplinaire, afin de repérer des problèmes qui pourraient être communs à plusieurs disciplines, qu’il s’agisse de la question de la rivalité des théories ou de la question des emprunts réalisés par un chercheur de telle discipline à des théories relevant d’un autre champ disciplinaire, voire de l’enjeu moral et politique de certaines théories.

        salleF013, maison de la recherche (Bat. F, site du Pont-de-Bois, Villeneuve d'Ascq)

6 mai 2022 : « La théorie, lieu de l’interdisciplinarité : emprunts et transferts théoriques »

             9h-11h15
                Modération : Guillaume Colpaert (CEAC, ULille)

          ◦ G. Galvez-Behar (IRHiS, ULille), Introduction

          ◦ S. Walbrou (CEAC, ULille), Enjeux critiques et esthétiques du concept de réification pour l'étude des images

          ◦ B. Maisonnier (CEAC, ULille), Représentations filmiques et théories de l'aliénation

 Pause

              11h30-12h30

          ◦  F. Monferrand (UNamur), L'enquête comme théorie: le cas du jeune Marx

 12h30-14h -> Déjeuner

              14h-15h30 

                  Modération : Karolina Suchecka (Alithila, ULille)

        ◦ A.-G. Weber (Textes et Cultures; UArtois, Vers un literary turn des sciences humaines et sociales ?

                     ◦ Pierre Adam (STL, ULille), Modèle imagé et théorie abstraite. Réflexions platoniciennes et distinctions modernes
               Pause

 16h-17h30

       ◦ L. Vinciguerra (STL, ULille), L'histoire des sciences dans les années soixante : l'ange de la théorie

      ◦ Présentation des travaux d'Esther Nka Manyol (Université de Lille, Alithila), Peut-on parler d’une théorie du complot ? Conclusions provisoires