Institut de Recherches Historiques du Septentrion

Pôle Transverse : Transversalités méthodologique et critique (responsables : Élise Bailleul, Marc Gil, Émilien Ruiz)

L’axe transversal « Usages critiques du numérique dans les sciences historiques, artistiques et archéologiques » a pour objectif de fédérer les membres l’IRHiS. Mises en œuvre au cours du quinquennal 2019-2024, ses activités s’inscriront dans une démarche réflexive : le développement d’une réflexion collective et critique autour des méthodes et technologies numériques offrira aux membres du laboratoire un cadre propice au développement de projets innovants en histoire, histoire de l’art et archéologie.

1. Penser le tournant numérique des sciences historiques, artistiques et archéologiques

Alors que, depuis une dizaine d’années, la structuration du mouvement des humanités numériques – au sens d’une « transdiscipline, porteuse des méthodes, des dispositifs et des perspectives heuristiques liés au numérique » (Manifeste des Digital humanities, 2010) – s’est affirmé, prenant une ampleur considérable dans l’ensemble des sciences humaines et sociales, il nous semble nécessaire de procéder à un pas de côté pour en saisir les conséquences proprement disciplinaires, en particulier dans la prise en compte de l’importance des outils numériques dans la reconfiguration des métiers d’historien, d’historien de l’art ou d’archéologue. Le triple ancrage disciplinaire de notre laboratoire (histoire/histoire de l’art/archéologie) sur une longue durée étendue de la période médiévale à nos jours, et l’expérience acquise depuis plusieurs années dans ce domaine constituent ainsi un atout majeur pour une exploration critique des conséquences du « tournant » numérique à l’œuvre dans les sciences historiques.

En prenant appui sur les projets développés au sein de l’IRHiS – et dans d’autres unités de l’université de Lille comme l’Imaginarium de Tourcoing –, nous entendons particulièrement questionner les transformations de nos rapports aux sources ou aux œuvres/artéfacts, qu’ils soient visuels, quantitatifs ou textuels.

Quelles sont les conséquences du développement de nouvelles technologies de numérisation, de reconstitution, de restitution ou encore de datation sur nos pratiques de recherche, nos analyses, nos pratiques d’écriture et de représentation graphique, ou dans nos rapports à la médiation des publics ? Quelles sont les possibilités offertes et les écueils ouverts par la constitution de corpus dits « massifs » ou de systèmes d’acquisition d’information ?

La révolution numérique induit en effet un rapport différent aux sources et aux œuvres. On peut par exemple distinguer, d’une part, les sources historiques dites traditionnelles ainsi que les œuvres (objets d’art, monuments) dont l’accès est bouleversé par la numérisation et, de l’autre, les sources ou les œuvres contemporaines nées de la révolution numérique.

Les premières sont de plus en plus dématérialisées, ce qui induit une approche à distance au document et au centre d’archive mais aussi un biais dans la démarche de recherche, cette dernière étant étroitement dépendante des campagnes de numérisation documentaire. À l’inverse, le document, l’œuvre ou le monument numérisés permettent d’accéder à de nouvelles analyses, à des points de vue inédits, qu’il s’agisse d’approches de détail ou d’ensemble. Les travaux de restitution en 3D des œuvres ouvrent quant à eux, de nombreux questionnements, notamment sur la place donnée à l’incertitude et à ses modes de représentations.

Par ailleurs, le traitement semi-automatisé des textes en grande quantité ouvre de nouveaux horizons : les logiciels de lexicographie distinguent, en effet, les occurences de mots et leurs associations (analyse RCA) mais reconnaissent aussi le sens des phrases. De même, le traitement numérique des entretiens permet non seulement une transcription par reconnaissance vocale mais également une analyse du sens. Ainsi, le périmètre des recherches, notamment la détermination des sujets de thèse, peut se trouver affecté pour autant que les directeurs de recherche soient au fait de ces mutations technologiques et les doctorants formés à leur maniement.

Les secondes intéressent aussi bien l’histoire contemporaine que l’art actuel. En effet, pour l’une, on dispose de nouvelles sources difficiles à manier (mails, forum, chat, blogs, microblogging tel twitter, réseaux sociaux, etc.) et pour l’autre, nombre d’œuvres sont nées du maniement de nouveaux outils numériques (vidéos, programmes informatiques, installations virtuelles, etc). De nouveaux protocoles d’étude doivent ainsi être mis en place, sans renier les apports de l’école méthodique (critique interne/critique externe).

Les documents numériques posent des problèmes spécifiques : volatilité, abondance, fiabilité mais aussi parfois accessibilité moindre en ce qui concerne le « web profond » (Deep web). Autre cas de figure avec le web sémantique qui fournit un modèle permettant aux données d’être partagées et réutilisées entre plusieurs applications, entreprises et groupes d’utilisateurs (cf. https://www.w3.org/2001/sw/). Il peut permettre, par exemple, de dresser une cartographie du web révélant la structuration des acteurs d’un domaine particulier à partir de l’analyse des liens hypertextes et de l’intensité des références croisées. Ces archives numériques d’un genre nouveau sont une occasion de revisiter des sujets classiques de l’historiographie : par exemple, l’étude des rumeurs ne pourrait aujourd’hui se passer, non seulement d’une prise en considération des sites web complotistes, mais aussi d’une analyse des nouveaux modes de circulation des informations, des réseaux sociaux numériques aux blogs en passant par les listes de diffusion traditionnelles et les plateforme VoIP (dicords) qui augmentent la portée du phénomène. Les œuvres issues des maniements des outils et techniques numériques posent d’autres problèmes d’étude et d’analyse (volatilité des objets, obsolescence des techniques, droits d’auteurs, etc.).

L’usage du numérique touche également la gestion et l’exploitation documentaire, à travers des logiciels de structuration et de citation des données bibliographiques (tels que Zotero ou Refworks par exemple). La bibliothèque Georges Lefebvre est déjà bien avancée dans le maniement de ces outils qui facilitent l’accès des lecteurs à des ressources bibliographiques et documentaires importantes. La gestion automatique des citations n’est pas sans conséquence sur ce qui constitue l’un des fondements de la méthode historique telle que nous en avons hérité. Ces logiciels rendent surtout caduques les difficultés inhérentes aux normes de citation, en renforçant et stabilisant la structuration des informations bibliographiques. En effet, Zotero par exemple (mais c’est le cas de tous les logiciels en question) distingue les métadonnées enregistrées pour chaque référence, qui peuvent être extrêmement complètes, de la façon dont cela sera cité dans un article ou autre (par exemple le « style de citation » qui, lui, dépendra des normes de la revue destinataire du papier).

La révolution numérique n’est pas sans effet sur les modes d’écriture des historiens et historiens de l’art : les liens hypertextes engagent des formes de destructuration du récit historique qui nous interrogent. Friedrich Kittler signalait dès les années 1980 combien le renouvellement des outils de l’écriture, la machine à écrire à son époque, renouvelait le processus d’écriture historique parce qu’il intervenait dans la conformation de nos modes de pensées et d’argumentation. Loin d’adopter une posture mécaniste qui lierait automatiquement les outils de l’écriture et son contenu, nier tout type de relation entre les deux serait naïf : le numérique implique bien une remédiation et un bouleversement des modes de composition textuels qu’il s’agit d’analyser.

2. Développer l’usage du numérique par les sciences historiques, artistiques et archéologiques

À plus petite échelle enfin, il est important de noter que l’usage du numérique impose des recompositions disciplinaires tant à l’intérieur des sciences historiques (entre histoire, histoire de l’art et archéologie) que dans nos relations avec des disciplines relevant des sciences et technologies ou encore des sciences de l’information et de la communication. L’IRHiS qui a établi des relations avec des laboratoires d’informatique, de géomatique, de sciences cognitives ou de sciences de la communication mesure l’intérêt mais aussi les questions que soulèvent de telles collaborations.

En mobilisant ces réflexions critiques collectives et en s’adossant aux multiples expériences des membres du laboratoire dans ce domaine, l’axe transversal soutiendra et encouragera l’appropriation des méthodes et techniques numériques par ses membres.

À ce stade, plusieurs directions sont explorées à partir des projets menés ces dernières années par les membres du laboratoire :

– Système(s) d’acquisition d’informations (visuelles, quantitatives, bibliographiques…)

– Instruments de visualisation/reconstitution pour la recherche (de la cartographie à la restitution 3D)

– Les instruments de la recherche et de la médiation numérique (expositions virtuelles, réalité augmentée, etc.)

– Usage du numérique dans le champ de la formation avec le développement de nouveaux supports pédagogiques et une réflexion critique sur leurs apports et leur pertinence.

Sur ces terrains (dont la liste est amenée à évoluer en fonction des besoins exprimés par les membres du laboratoire), l’axe transversal soutiendra les projets tant d’un point de vue matériel et financier que du point de vue de la formation. Il s’agira donc aussi de mettre les compétences des membres du laboratoire au service du collectif : de l’aide à l’élaboration des projets jusqu’à des propositions de formation à des méthodes et des techniques spécifiques.

En outre, l’installation des réserves du musée du Louvre, dans un bâtiment construit à cet effet à Liévin (opérationnel en 2020), près du Louvre-Lens, ouvre des perspectives de collaborations fondamentales, avec le Louvre en Région, dans le domaine du numérique et de la visualisation 3D, tant dans la recherche fondamentale que dans la médiation auprès des publics. C’est ainsi, par la mise en œuvre des nouveaux outils numériques que le laboratoire et ses équipes pourront répondre au mieux aux appels à projet et aux possibilités de financement doctoral offert par l’I-Site de Lille (http://www.isite-ulne.fr/index.php/fr/).

L’axe se propose d’organiser un séminaire transdisciplinaire bi-mensuel, pour des séances de 2 h (6 séances maximum par an), sur le modèle, par exemple, des Lundis numériques de l’INHA (https://www.inha.fr/fr/recherche/programmation-scientifique/en-2017-2018/les-lundis-numeriques-2017-2018.html) ou, de ce qui fut organisé le 8 mars 2018 au cours d’un workshop intitulé « Patrimoine, modélisation numérique et systèmes d’acquisition d’information : les enjeux actuels de la recherche » (https://irhis.univ-lille.fr/detail-event/patrimoine-modelisation-numerique-et-systemes-dacquisition-dinformations-les-enjeux-actu/). Il s’agira, à partir de retours d’expériences concrets, de confronter des points de vue disciplinaires (1 à 2 intervenants par séance, avec rapporteur(s)).

Les programmes actuels :

– Tableau des projets numériques auxquels participent les membres de l’IRHiS (annexe 10)

– Structure fédérative de recherche, Numérique&Patrimoine (responsables : El Mustapha Mouaddib, Univ. Picardie-Jules Verne-MIS, Étienne Hamon, IRHiS)

– Mapping (Mairie de Cambrai, Foligraf, IRHiS) [

Youtube Video: Mapping Cambrai - 100 ans Bataille de Cambrai]

– Base « Civinov » (responsable : Élodie Lecuppre, IUF)

– Base « Monuments aux morts » (responsable : Martine Aubry) [https://monumentsmorts.univ-lille.fr/]

Pôle 1. Processus de création et pratiques du savoir (responsables : Étienne Hamon, Carole Christen)

Quelles que soient leurs spécialités, les membres de l’IRHiS ont continûment apporté une grande attention à la construction et à la circulation des savoirs dans les domaines les plus variés, des apprentissages techniques aux savoirs artistiques, des connaissances juridiques aux expériences scientifiques, des compétences économiques aux arts de gouverner. Plus récemment, une partie d’entre eux a engagé une réflexion davantage marquée par le souci du rapport des temporalités et des contextes avec l’émergence de ces multiples savoirs. Ainsi, dans le prolongement des travaux des axes « Innovations » et « Arts et mémoires d’Europe : identité, héritage, intégration, représentations », il a semblé pertinent de croiser les approches développées dans chacun de ces groupes de recherche, en insistant plus particulièrement sur l’articulation entre les processus de création et les usages pratiques des savoirs, afin de faire émerger des problématiques communes, puisque, finalement, les concepts et les méthodes sont intimement liés au champ de l’expérience.

Les thématiques de recherche désormais bien structurées, autour, d’une part des contextes d’énonciation et de réception de l’innovation et, d’autre part, des pratiques innovantes et des savoirs qui les portent, pourront grâce à ce nouveau cadre se développer de manière à observer à nouveaux frais certains termes du contrat social et des libertés individuelles du Moyen Âge à nos jours.

1.1 Innovation et création (techniques, arts…)

Les réflexions menées dans le cadre du séminaire « Innovations » ont contribué à distinguer le concept de nouveauté des processus liés à l’invention, à spécifier la part respective de l’initiative individuelle et du collectif, à saisir la nouveauté dans son contexte d’énonciation et de pensée. Les apports des autres disciplines en sciences humaines et une réflexion plus approfondie quant à la transmission des idées et des connaissances se sont révélés essentiels pour enrichir nos études. On l’aura compris : considérer l’invention de la perspective, de la machine à vapeur ou du téléphone portable n’a d’intérêt que s’il s’agit par ailleurs d’observer et d’évaluer la chaîne des causes et des conséquences dans laquelle ces innovations techniques apparaissent. C’est donc bel et bien la construction sociale de l’innovation articulée dans ses dimensions politique, économique et culturelle qui se trouve au cœur de nos investigations. Parce qu’elle crée un besoin qui n’est pas forcément ressenti, l’innovation est une ouverture vers des possibles, vers l’imprévisible et fournit une conjoncture d’avance vis-à-vis du réel, pour reprendre la formule du philosophe Thierry Ménissier. Par ailleurs, distinct du progrès et de son caractère moral, l’innovation impose de réfléchir à la différence entre l’agir et le faire, ce qui, dans le champ des investigations historiques, a permis classiquement d’ouvrir deux voies de réflexion, d’un côté celle dédiée à la création, résultat tangible de l’art, où l’objet vaut pour lui-même, et de l’autre, celle qui privilégie l’invention dont la fin ne s’épuise pas dans la production de l’objet. Le but de cette collaboration entre historiens et historiens de l’art sera de réinterroger simultanément ces deux termes (invention et création) afin de réconcilier des a priori qui ne résistent pas aux usages et à la pratique.

Dans cette sous-thématique, il s’agira de continuer à réfléchir à l’évolution des idées, toujours en contexte en privilégiant le rapport au pouvoir, au temps et aux modalités des processus d’invention et de création, grâce à trois groupes de travail.

– Les processus de création. La double question du processus de création et de la transmission des savoirs et de ses pratiques nécessite d’être abordée par le prisme des transferts culturels et artistiques, une approche qui a fait l’objet d’une réflexion renouvelée depuis une dizaine d’année. Ce paradigme permet d’envisager non seulement les flux et les échanges entre un milieu d’émission et un milieu d’accueil, mais encore leurs effets sur le processus de création lui-même. La question des transferts artistiques s’annonce d’autant plus féconde pour étudier la création que, d’une part, Lille se situe du Moyen Âge à l’époque actuelle à un carrefour d’échanges, et que d’autre part, cette approche englobe et induit un ensemble de concepts transdisciplinaires qui demandent à être éprouvés et affinés par des études de cas et des projets pérennes : le recyclage, le réemploi, l’hybridation, la migration et l’adaptation offrent autant de pistes de réflexion prometteuses, qui demandent à être envisagées comme des dynamiques alimentant la création. Tout en favorisant l’interdisciplinarité, elles conduisent à se pencher sur les processus mis en œuvre tout au long des phases d’élaboration formelle. Dans le cadre de cette sous-thématique, des journées d’étude dédiées aux « Figures de l’innovation » (artistes, théoriciens, commanditaires...) seront régulièrement organisées afin d’aboutir à un ouvrage collectif.

– Les entreprises de création. Aborder la création comme une entreprise permet de dépasser le jeu de l’individuel et du collectif dont l’analyse a été au cœur des réflexions menées dans le cadre du projet quinquennal passé. S’inspirant des études de gestion et du renouveau de l’histoire entrepreneuriale, il s’agira de montrer comment la création repose sur des logiques d’action permettant de mobiliser des ressources variées au sein de contextes différents, qu’il s’agisse de l’atelier d’artiste ou du laboratoire du chercheur. Le projet de séminaire partenarial AIREA (Approches Interdisciplinaires de la recherche et de l’entrepreneuriat académique – partenariat MESHS-IRHiS-CLERSE) en constituera un premier développement appelé à être prolongé par l’étude d’autres activités créatives.

– Les politiques de l’innovation. Le but ici est de poursuivre la réflexion sur les impératifs politiques qui encouragent, les résistances culturelles qui accompagnent, brident ou stimulent l’innovation, en privilégiant toujours une chronologie étendue du Moyen Âge à nos jours, mais en ouvrant plus largement le spectre disciplinaire afin de mieux saisir les enjeux inhérents à la généalogie d’un concept et à l’évolution des imaginaires face à la nouveauté. Le séminaire « Innovations » actuel aura vocation à devenir un séminaire d’École doctorale en lien avec les philosophes de STL (UMR 8163) et les juristes de l’Institut d’histoire du Droit (UMR 7184). Cette extension disciplinaire se concrétise actuellement avec la mise en place du Projet d’AUFFAY (Archives du Nord, IRHiS, Institut d’histoire du Droit, Académie des sciences de Vienne) et des journées d’étude dédiées aux pratiques des indulgences du Moyen Âge à nos jours (IRHiS, CHISCO de Paris Nanterre).

1.2 Sociétés de savoir : cercles de savoirs, expertise, professionnalisation, règlementation (techniques de savoir : décrire, compter, classer…)

La chronologie ample permet de saisir l’évolution des lieux et des media qui assurent la stimulation et la transmission des savoirs liés à l’innovation et à la création. Depuis les monastères carolingiens jusqu’aux « tiers-lieux » contemporains en passant par les sociétés savantes de l’Ancien Régime ou la bottega, les cercles d’échanges, de rencontres et de vie sont inséparables de l’innovation dans son élaboration comme dans sa mise en pratique. Les environnements (lieux, milieux, réseaux) favorisant cette transmission des savoirs, qui peuvent être considérés comme des incubateurs de la mutation et du changement (cercles de savoirs, sociétés savantes, villes, ateliers, etc.), les outils (registres comptables, fiches techniques, traités, journaux et correspondances privés, réglementations de métiers, de corporations, etc.) mis à disposition des femmes et des hommes considérés ici en tant qu’acteurs de l’innovation pour leur savoir-faire, leur expertise et parfois pour leur génie, sont autant de pistes de recherche qui structureront les futures initiatives de recherche. Lieux, milieux et réseaux dans un contexte international constitueront les points d’ancrage de nos premières réflexions.

– La ville, berceau de l’innovation ? Dans la lignée des travaux menées depuis des décennies à Lille et dans les grandes universités belges, une attention toute particulière à la ville, milieu propice à l’innovation à travers les siècles considérés, permettra de rassembler un grand nombre de chercheurs spécialistes des mondes urbains au sein du laboratoire. Il s’agira bien évidemment d’observer les mécanismes de régulation et de dérégulation très actifs en ville, mais également d’éclairer le rôle des acteurs de l’innovation : marchands, artistes/artisans, religieux, échevins, gouvernements, princes et finalement État. C’est dans ce cadre que se bâtira le projet ERC « Embracing and stimulating innovation in the cities of Western Europe (13th-16th century) » dans le but de concevoir un outil numérique permettant de créer un répertoire interactif de ces innovations en contexte, conçu comme une base participative (CiviNov). Il s’agira de permettre à chacun des chercheurs engagés dans ce projet d’abonder une base de données, avec, pour chaque ville étudiée, la possibilité de rassembler chronologiquement et synthétiquement les innovations qui s’y sont développées. Le premier chantier ouvert concernera les innovations hospitalières du XIIIe au XVIe siècle dans les villes d’Europe du Nord-Ouest, ce qui permettra d’établir un premier rapprochement avec le pôle Santé de l’I-Site ULNE.

– Les cercles du pouvoir. Le rapport du pouvoir à l’innovation sera également interrogé. Les cercles centraux de décision, qui ont par ailleurs en charge le maintien des fondements idéologiques de l’organisation sociopolitique qu’ils dominent, constituent des lieux où l’on recourt à des pratiques innovantes d’information, de gestion, d’ingénierie politique. Celles-ci se diffusent ou bien au contraire échouent à s’adapter au substrat social, selon des résultats dont l’étude permettra de comprendre diachroniquement les conditions de réussite de la « rénovation politique ».

– Les réseaux d’expertise. Historique ou archéologique, l’exploration de ces champs offre des perspectives dans les domaines de la lexicographie des objets créés, des acteurs et des pratiques innovantes ; elle répond aux besoins d’une meilleure compréhension des outils de gestion de la commande artistique et de leur évolution ; elle interroge le statut de l’expertise et de l’expert dans le processus de création et dans la société ainsi que le rôle des formes de regroupements et de sociabilité dans la réglementation des professions (jurés, conseils, académies...). C’est aussi dans cette optique que pourront être examinées les formes de réception et de diffusion, les pratiques des collectionneurs et les discours savants sur l’œuvre.

1.3 Apprentissage, éducation populaire, transmission des pratiques

L’innovation dépend étroitement de la nature des rapports qui s’établissent entre maître et élève mais aussi des cadres dans lesquels ceux-ci s’exercent et des outils de la communication dont disposent les acteurs et destinataires des processus heuristiques. L’éducation est autant conçue comme un levier de la politisation et de l’émancipation du peuple que comme un instrument pour acculturer, parfois même encadrer les « classes dangereuses ». Tout en consolidant les acquis du séminaire « Travail, apprentissage, création » animé par l’axe « Arts et mémoires d’Europe. Identité, héritage, intégration, représentations » et dans la continuité des travaux des membres de cet axe sur la formation au sein des ateliers (projet Garzoni) et des écoles d’art, sur la pédagogie ou sur les voyages d’étude, de nouveaux champs pourront être investis. Ils inscriront dans une histoire sociale, politique et culturelle de l’éducation et de l’apprentissage qui accorde une place essentielle aux acteurs, à leurs trajectoires et à leurs réseaux nationaux et internationaux, ainsi qu’aux conditions de possibilité matérielles et économiques des réalisations éducatives. On examinera les concurrences, les complémentarités et les échanges entre les nations dans un temps long où le taux de scolarisation et le niveau des formations agricoles, industrielles et commerciales de la population, et le caractère « innovant » des pédagogies mises en pratique constituent des gages de modernité. Dans la continuité des travaux menés sur les savoirs agricoles sous l’Ancien Régime sur l’éducation industrielle et les écoles du peuple au XIXe siècle, c’est autour des acteurs, des outils pédagogiques et de la réception de ces savoirs que s’organisera la réflexion de cette sous-thématique.

– Acteurs, institutions et logiques sociales. Il s’agira de porter l’attention sur les acteurs de la fabrication et de la transmission des savoirs de l’apprentissage/formation (élites philanthropiques et patronales, observateurs et réformateurs sociaux ; ingénieurs et enseignants ; administrateurs locaux, représentants de l’État, etc.), sur leurs identités sociales et professionnelles, sur les contenus de leurs enseignements et leurs pratiques pédagogiques, sur les réseaux et communautés de savoirs qu’ils peuvent constituer ou dans lesquels ils s’insèrent. Le rôle des institutions (les sociétés savantes et industrielles, l’État, les écoles, etc.) dans la création et la diffusion des savoirs sera interrogé. Des travaux sur le public (auditeurs et/ou élèves) seront menés afin d’affiner la caractérisation en termes de classe sociale, de genre, etc. comme de rapport à l’offre de formation et à la diversité des savoirs proposés.

– Outils, méthodes, supports. L’intérêt pour les outils de la transmission des savoirs, et pour leurs formes d’appropriation se renforce à mesure des découvertes permises par la numérisation des collections d’œuvres et de documents et par les technologies de l’analyse matérielle de leurs supports et de leurs techniques. Nature et finalité des chefs-d’œuvre d’atelier, des traités, des modèles mentaux ou matériels, des dessins, des estampes, des nouveaux médias sont des domaines qui offrent des perspectives d’avancées considérables. C’est dans ce cadre que pourrait voir le jour un corpus raisonné des dessins prospectifs dans l’architecture et les arts monumentaux de l’aire française du XIIIe au XVIe siècle, traces les plus intimes et incunables de la pensée créatrice des artistes. Aux termes d’une enquête associant chercheurs et institutions de conservation du monde entier, étant donné la dispersion de ces pièces depuis le XVIIIe siècle, un catalogue multimedia et une exposition réelle/virtuelle permettraient de rattraper le retard dont souffre, en la matière, la France à l’échelle de l’Europe. Les programmes de numérisation engagés depuis une quinzaine d’années à l’échelle internationales permettront, par ailleurs, d’envisager les modes d’éducation artistique sous l’Ancien Régime sous de nouveaux angles à travers l’étude comparative des méthodes imprimées touchant aux arts et aux techniques du dessin.

– Diffusion et résistance. C’est au prix de ces approches pluridisciplinaires et multi scalaires que pourront être examinées les formes de réception et de diffusion des créations, des savoirs et de leurs vecteurs, mais aussi les comportements jugés comme des résistances à toutes formes et outils de l’innovation. L’acculturation forcée à l’innovation, comme par exemple les savoirs octroyés, voire imposés, par les élites aux ouvriers au XIXe siècle dans le cadre des cours ouverts le soir et des bibliothèques populaires créées par les élites philanthropiques et patronales, sera au cœur de cette sous-thématique, qui permettra d’établir des liens avec les réflexions sur la norme menées dans le cadre du pôle 2. Ces travaux pourront ainsi contribuer au développement des études critiques de l’innovation.

Pôle 2. Pouvoirs, normes et conflits (responsables : Christopher Fletcher, Delphine Bière-Chauvel)

Le pôle 2 se propose, en mêlant des approches relevant de l’histoire sociale, économique, artistique, culturelle et politique, d’étudier les processus par lesquels se construisent et s’institutionnalisent les normes qui structurent la société (2.1). Les travaux du pôle porteront également sur les manières dont ces normes s’imposent aux individus, en s’intéressant autant à leur assimilation et à leur appropriation qu’à leur mise à distance par la négociation, la transgression ou encore la subversion (2.2). Il s’agira plus particulièrement d’examiner l’impact des conflits sur ces processus en se demandant dans quelle mesure les crises, les révolutions et les guerres modifient, durablement ou non, les normes et les pratiques ordinaires (2.3).

2.1 Autorités, institutions, régulation

L’idée de la norme présuppose un cadre qui permet de le concevoir. Or la nature et l’efficacité de ces cadres varient radicalement dans le temps et dans l’espace. L’objectif du pôle 2 est de travailler sur la relation entre normes et pouvoirs sans limiter la réflexion aux institutions les plus facilement identifiables. Il s’agit de décrire les formes d’action qui naviguent entre le formel et l’informel, entre le formulé et l’informulé. Il faut prendre en compte non seulement des périodes mais également des sociétés où les normes de différentes institutions ne monopolisent pas le pouvoir. Elles le partagent autant avec les normes de différentes communautés d’interprétation qu’avec d’autres méthodes d’action, dont la violence. Le pôle 2 s’efforcera de saisir les relations entre normes, pouvoirs et conflit non seulement dans des moments d’exception mais également dans la vie « ordinaire ».

2.1.1 Incarnation du pouvoir et construction de la légitimité

Comment se construit et s’impose le pouvoir ? On peut examiner cette question sous l’angle de l’auctoritas, du droit légitime à gouverner ; de la potestas, de la capacité réelle à se faire obéir ; ou de la gubernatio, l’art du timonier, celui qui tient le gouvernail mais qui ne contrôle pas les vagues qu’il traverse. La construction du pouvoir se comprend également du point de vue du charisme wébérien, de la capacité bien inscrite dans le temps de mobiliser le collectif, parfois en dehors des institutions, parfois dedans. Elle se prend également dans la dramatisation du pouvoir, par exemple dans les cours ou dans les villes, par la magnificence, la mise en scène de ses propres vertus, dans l’art, l’architecture, les habits, la cérémonie. Il s’agit de s’intéresser à ses ressorts pratiques ou idéologiques : les sources de la légitimité (idéologiques, juridiques, religieuses, technocratiques…) ; les discours sur le pouvoir et leurs contreparties (celui qui dit gouverner pour le bien du peuple s’expose aux critiques du même peuple).

Dans les temps normaux, mais encore plus dans les moments d’exception, le pouvoir de tel ou tel acteur est l’assemblage d’éléments issus des possibilités disponibles. Le pouvoir n’apparaît pas ex nihilo, sous une forme « prête à l’emploi ». Les officiers sont régulièrement exposés à la remise en cause de leur légitimité. Il s’agit de s’intéresser également aux moments où la construction de la légitimité échoue.

Enfin, le pouvoir se comprend du point de vue de son incarnation collective et personnelle. Cette question sera notamment examinée en s’intéressant au genre du pouvoir. Lorsque l’on parle du pouvoir des femmes nobles par exemple, on ne peut pas réduire leur position dans le rapport au pouvoir à une position de « dominées » : elles ont une relation spécifique aux différentes formes de pouvoir. On s’intéressera également aux logiques de réseaux (réseaux familiaux, réseaux d’influence, réseaux urbains, réseaux informels notamment artistiques, réseaux économiques, religieux etc.) qui entretiennent les positions de pouvoir. 

2.1.2. Formalité et informalité du pouvoir

Les institutions sont à la fois un instrument d’exercice du pouvoir et une limite. Une fois établies, elles deviennent facilement indéracinables et risquent de se substituer à leur fondateur, ne serait-ce que partiellement. Cela peut expliquer les réticences du souverain à « instituer », ou la volonté de maintenir des institutions multiples, entre lesquelles arbitrer. La diversité et le pluralisme des systèmes juridiques permettent à divers acteurs de bricoler leurs propres stratégies, notamment dans la situation coloniale ou dans la diversité juridictionnelle qui caractérise le monde médiéval et l’Ancien Régime. Cette diversité institutionnelle et pratique incite à s’intéresser notamment aux périodes de crise ou de transitions, pendant lesquelles les usages informels jouent un rôle accru. Elle invite également à questionner les logiques d’institutionnalisation ou de non-institutionnalisation du pouvoir dans ses différentes sphères.

Une question centrale est celle des agents du pouvoir envisagés sous la dimension de leur recrutement, des conditions de leur légitimité et de l’exercice de leur pouvoir à l’interface du pouvoir central et des pouvoir locaux, en situation de crise ou non, de de la variété des processus de leur professionnalisation, de la réalité de leur pouvoir au-delà de leurs représentations. Il s’agit de s’intéresser en particulier au gouvernement par des intermédiaires ; de prendre les agents de pouvoir dans leur grande variété (juges, bourreaux et autres auxiliaires de la justice, agents des polices, gendarmes, militaires, percepteurs d’impôts et autres agents du fisc, officiers seigneuriaux, administrateurs et « managers »...) ; et de prêter une attention particulière à leur réputation (figure littéraire des gens d’argent, des « lawyers », des soldats, des commissaires, etc.), à la perception de leur poids numérique (il y en a toujours trop... ou pas assez) et à leurs registres d’action.

Une autre question soulevée dans les travaux du pôle concerne la manière dont les arts se structurent dans une relation avec le pouvoir – sous ses différents visages – et dont les institutions favorisent cette interaction. Ce questionnement est l’occasion d’examiner différents modes du rapport entre art et pouvoir, tels que le mécénat et les commandes officiels, les salons, expositions et musées, mais aussi la censure, la propagande. Quelles formes et quels rapports de pouvoir établissent les mécènes, les donateurs ou encore les collectionneurs avec les artistes, les institutions mais aussi les mondes économique et politique ? Quel rôle ont les groupes sociaux et les différences de genre dans ce crible ? Le cas des commandes officielles invite également à réfléchir à la différence entre espace public et espace privé à travers les époques abordées.

2.1.3. Lieux et espaces du pouvoir

Le mot institution désigne également un lieu d’exercice du pouvoir et en ce sens permet de lui donner une dimension concrète (tribunal, église, palais princier, ville, hôpital, prison, école, caserne, bureau et commissariat de police, asile d’aliénés...). Il s’agit donc de s’intéresser également aux espaces et aux frontières, avec une attention particulière au contrôle d’espaces discontinus ou fragmentés et à la multiplicité des niveaux de domination. Comment cette domination est-elle construite : par les réseaux, les finances (métal contre papier…), la fiscalité, la puissance militaire, la surveillance policière ou douanière, les alliances, les techniques et savoirs (mathématiques, médicaux, et d’une manière générale académiques) ?

Nous nous intéressons à la traduction concrète du pouvoir tout particulièrement dans le rapport au territoire, à savoir les lieux de la « centralité » de la domination et à son envers, les espaces qui résistent au pouvoir central, ou le limitent et le recomposent. Dans les lieux dits « périphériques », territoires isolés, enclavés, relégués ou abandonnés, si l’absence, la perte ou la faiblesse des infrastructures fragilisent le développement de certains territoires, a contrario celle-ci peut inciter à innover ou à inventer d’autres systèmes ou d’autres cadres relationnels (par exemple, vitalité des échanges transfrontaliers, place de l’armée dans l’administration coloniale).

2.2 Jeux et dynamique des normes

2.2.1. Interaction et production de la norme

Les chercheurs du pôle 2 s’intéressent aux effets des normes sur le social en s’attachant à examiner leurs conditions de production et leurs champs d’efficacité. Dans ce cadre, une attention particulière est portée aux frontières, physiques, juridiques, artistiques, culturelles, imposées par différents discours et idéologies : normes de genre (les masculinités et les féminités forcément au pluriel, mais admettant des hiérarchisations variables), discours politiques, juridiques (statuts et privilèges, indigénat, esclavages et affranchissements), sociaux (idéologie de la noblesse, théories raciales), théologiques (hérésies et orthodoxies), économiques (experts, marchands ou la « valeur travail »). L’étude des dynamiques qui président à la fabrication et à la définition des normes et des catégories sociales constitue un axe de recherche privilégié. La construction de la norme, qui n’est pas seulement l’affaire des gouvernants et des institutions, résulte de transactions et de négociations impliquant des acteurs multiples et reflétant des enjeux de pouvoir. Des réseaux et des communautés d’interprétation servent ainsi à imposer et à entretenir certaines normes. Sur différents terrains, les travaux du pôle posent par ailleurs la question de la pluralité et de l’arbitraire des normes : à certaines périodes et dans certains contextes, des comportements seront ou non sanctionnés par tel ou tel individu.

2.2.2 La distance à la norme

Ainsi, pendant certaines périodes, des comportements qui ne s’apparentent pas à la norme ne troublent guère les discours dominants, alors qu’ils suscitent à d’autres moments de véritables paniques morales (le « péril jeune », l’activité sexuelle hors mariage ou l’homosexualité, l’avortement, les pratiques magiques ou susceptibles d’être identifiées comme telles…). Les oppositions aux règles établies et aux normes débouchent-elles sur des processus de marginalisation, de désocialisation et d’exclusion ou, à l’inverse, instaurent-elles d’autres normes/normalités ? Est-il possible d’être hors-norme ? Contester les normes signifie-t-il rompre avec l’« esprit » de son temps (on peut même chez certains artistes, par exemple, comprendre le rejet des canons esthétiques comme une résistance/opposition à l’Histoire) ou à l’inverse est-ce en donner une autre version/approche ? La marginalité des uns peut ainsi constituer la norme essentielle des autres (l’hérésie, les fondamentalismes, la « réforme » contre le « catholicisme », les identités militantes LGBT, les « indigènes » contre la culture coloniale européenne). La mise à l’écart volontaire ou produite socialement peut servir à structurer les populations qu’elle cherche à exclure, tels les exilés, les émigrés, les apatrides, les esclaves en fuite... Ainsi, l’exclusion de la norme contribue à former les identités et les appartenances (« belonging ») des individus et des groupes.

Les travaux du pôle 2 portent par ailleurs sur les capacités d’action des individus face aux normes. Selon les contextes, milieux et échelles, celles-ci font en effet l’objet de transactions diverses qui ne limitent pas à l’opposition binaire entre assimilation et transgression. Les individus peuvent par exemple se positionner dans la concurrence de juridictions et de normes pour en tirer parti ou encore performer les normes pour mieux échapper au contrôle social. La question du rapport aux normes se pose tout particulièrement dans les institutions qui encadrent la vie des individus sans pour autant que ces derniers soient nécessairement passifs ou soumis aux normes qu’on leur impose. À l’école, en prison, à la caserne ou encore à l’hôpital, différentes formes d’appropriation, de contestation et de subversion des normes existent.

2.3 Normes et pouvoirs en temps d’exception : guerre et révolution

En prolongeant la réflexion engagée dans le cadre du précédent quadriennal, le pôle 2 se concentre sur l’étude des conflits, politiques et militaires, dans leurs rapports aux normes et aux pratiques. Il interroge le rapport de la violence et du droit et invite à approfondir les questionnements sur la « brutalisation » des guerres dans l’histoire ou le processus de « civilisation des mœurs ». Les travaux des historiens de ce pôle s’étendent à toutes sortes de conflits, dans le temps et dans l’espace, depuis les travaux sur le combat médiéval jusqu’aux conflits actuels au Proche-Orient, en passant par les guerres de conquête coloniales ou les révoltes et révolutions des temps modernes. La Révolution française et les avatars impériaux y trouvent également toute leur place. Dans une région (Hauts-de-France et Belgique) marquée par les révolutions et les guerres, il s’agit aussi là d’un axe de recherche en adéquation avec un terrain d’étude particulièrement riche pour les historiens et historiens de l’art de l’IRHiS.

– Guerre, Révolution et normes : destructions et créations, violence et droit. La guerre et la révolution sont des temps de remises en cause, de suspension ou de destructions des normes établies. À rebours des évolutions lentes et des réformes pacifiques, elles imposent le conflit et la violence comme modalité des rapports sociaux dans des temps historiquement brefs. La question est de savoir dans quelle mesure ces épisodes de conflits peuvent contribuer, sur le long terme, à produire des lois ordinaires, et à transformer des idées, des pratiques, des dispositifs institutionnels et des rapports sociaux.

Dans certains espaces et à certaines époques, la guerre – permanente ou récurrente – constitue une norme, autour de laquelle s’organise la vie des sociétés. La guerre elle-même n’échappe pas aux normes, qu’il s’agisse des règles par lesquelles elle se déclenche ou se justifie, des usages tacites dans le combat, ou du « droit de la guerre », qui s’élabore à l’époque moderne pour s’institutionnaliser à l’époque contemporaine. Temps et espaces de l’affrontement, traitement des civils et des prisonniers, soins aux blessés, armes autorisées ou interdites, constituent autant de sujets débattus entre belligérants et alimentent propagande des uns et caricatures de l’ennemi des autres.

Sur différents terrains (éducation, santé, justice par exemple) et dans une approche comparée, attentive aux trajectoires individuelles, il s’agit ainsi de saisir ce que les conflits internationaux, les guerres civiles ou les révolutions font aux hommes et aux sociétés, non seulement lorsqu’ils se produisent, mais aussi dans les années ou les décennies qui les suivent. Pourquoi l’expérience acquise lors d’un conflit est-elle tantôt prolongée, transposée et réinvestie en temps de paix, tantôt considérée comme une parenthèse ? Dans l’esprit du pôle, l’analyse intégrera une réflexion sur la dimension juridique des transformations, en s’interrogeant sur la place de la loi dans l’établissement d’un moment d’exception, dans la sortie de guerre ou de révolution, ou dans sa mémoire.

– Sortir des périodes d’exception. Les sorties de crises seront également pensées dans leur rapport à la norme. Le rétablissement d’un ordre normatif ante bellum sera relativisé en mesurant l’impact que les périodes d’exception font peser sur un hypothétique « retour à la normale ».

Dans le cas de la Révolution française, dans le prolongement des ANR RevLoi et ACTAPOL, la réflexion entamée dans le précédent contrat sur la construction républicaine par l’élaboration, la publication et l’application de la loi pourra se poursuivre par l’examen des efforts des Assemblées révolutionnaires pour mettre un terme aux tensions révolutionnaires : par les amnisties, qui apparaissent dès l’été 1789, par certaines commémorations, voire par une forme de « justice transitionnelle ». Appliquée à l’an III, cette dernière notion, empruntée aux conflits traumatiques de ces dernières décennies, n’est pas sans susciter le débat. Quelles sont alors les transformations des enjeux de la justice d’exception ? Comment s’articule le fonctionnement de celle-ci avec les mesures politiques ou symboliques adoptées par la Convention pour reconnaître les erreurs passées et leurs victimes, réparer les fautes politiques ou dépasser un moment traumatique ? Pour comprendre les événements de l’an III, certaines spécificités des années 1793-1794, puis 1794-1795 invitent-elles à limiter l’usage historique de la notion de justice transitionnelle ? Il y a là autant de questions qui feront l’objet d’étude, notamment en lien avec la Société des études robespierristes et l’Association française pour l’histoire de la justice.

S’attachant à mettre en évidence les répercussions des conflits sur le temps long, les travaux du pôle 2 porteront également sur les politiques, les moyens et les acteurs qui contribuent à construire une culture de la paix succédant à l’état de guerre. Ainsi, les juridictions civiles instaurées en 1919 dans le Nord nous éclairent, à travers les enquêtes pour « intelligence avec l’ennemi », sur les processus de normalisation d’une société bouleversée par quatre ans d’occupation et qu’il faut réintégrer dans le giron national. Cette justice qui porte sur des comportements criminels commis pendant la guerre mais guidée par des considérations typiques de l’après-guerre en disent long sur la plasticité des normes juridiques confrontées aux réalités de l’occupation. Au-delà du cas particulier du Nord, un programme sur le rôle des procès dans la construction des mémoires des crimes de masse au XXe siècle est à l’étude, avec les juristes de l’université de Lyon 3. Il s’’agit ici de relativiser l’efficacité de ces politiques judiciaires qui sont également des politiques de mémoire.

Enfin, l’examen des conflits, guerres et révolutions pourra intégrer une interrogation sur la valeur heuristique des concepts de traumatisme et de résilience, envisagés à l’échelle intime et collective : dans quelle mesure fournissent-ils des clés de compréhension pour appréhender l’événement, mais aussi la mémoire de celui-ci, dans ses aspects matériels et psychologiques ? Un terrain d’étude privilégié est le traitement des vestiges de guerre, des ruines et des nouveaux paysages résultant des conflits dans les zones sinistrées. Le vécu des ruines, leurs usages politiques mais aussi leur patrimonialisation aboutiront à questionner « les paysages de mémoire » (A. Becker) qui marquent encore si profondément la région des Hauts-de-France, notamment dans une perspective comparatiste avec d’autres cas français, européens, voire mondiaux. Cette perspective souhaite également intégrer les processus intimes qui permettent (ou non) de faire face aux séquelles de la guerre inscrites dans les corps, les esprits et les paysages, dans la lignée des premiers travaux qu’a mené l’IRHiS en collaboration avec le laboratoire de psychologie PSITEC de l’université de Lille (« Traumatismes : évolution, représentation et prise en charge d’hier à aujourd’hui », 13 décembre 2017 https://f-origin.hypotheses.org/wp-content/blogs.dir/274/files/2017/11/1213_Programme-Derrien.pdf).

Au total, le pôle 2 compte s’appuyer sur 6 projets émergeants actuels et le séminaire doctoral « Droit et histoire. Normes et transgressions », validé par l’École doctorale. Il bénéficie en outre de nombreux partenariats : le Centre d’histoire judiciaire (UMR 8025), Service historique de la Défense (Vincennes), la Région de gendarmerie Haut-de-France, le GIS « Institut des frontières et discontinuités », l’Association française pour l’histoire de la Justice (AFJ/Ministère de la Justice), Société des études Robespierristes (SER), entre autres.

Attentif à la continuité enseignement/recherche, le pôle prolonge l’activité de 4 parcours de Master de l’université de Lille/UFR SHAP : « Métier d’historien », « Archivistique et monde du travail », « Études sur la Guerre et la Sécurité » (EGS) et « Gestion des sites du Patrimoine » (GSP).

Pôle 3. Matérialités / immatérialités (responsables : Thomas Golsenne, Mathieu Vivas)

Élargissant la perspective développée dans le précédent axe 1 du laboratoire (« Cultures visuelles et matérielles »), ce pôle regroupe les recherches en sciences humaines et sociales où la dialectique du matériel et de l’immatériel, la tension entre le visible et l’invisible, sont centrales. Les objets et les images, les édifices et les vêtements, etc. sont à la fois envisagés dans leur matérialité propre et comme formes de cristallisation d’idées, de représentations, de croyances, qui n’existeraient pas autrement. Réciproquement, gestes, rites, musique et autres formes d’expression sont étudiés selon leur mode concret d’insertion dans le champ social. Il s’agit ici d’interroger les productions humaines pour déterminer comment elles interviennent activement dans la société, comment elles façonnent des manières de vivre et de penser. La « dématérialisation » dans la société contemporaine, de ce point de vue, demande un examen historique et social : l’IRHiS s’intéresse ici aux dispositifs technico-politiques qui font exister les images et les gestes, la musique et les opinions. Cette approche fait écho au développement de la « technical art history » qui partage avec les recherches menées dans le laboratoire pour les techniques artistiques et la « bricologie », mais aussi les techniques de restauration et de conservation des objets d’art. Ces aspects plutôt techniques amènent également à examiner un ensemble de gestes et de pratiques rituels, politiques, sociaux, médicaux, liturgiques, etc.

Cette approche privilégie la pluridisciplinarité et intéresse l’archéologie, l’histoire, l’histoire de l’art, les études visuelles, l’ethnologie, l’économie ou encore la sociologie. Au sein du laboratoire, elle se décline en trois thématiques principales.

3.1. Cultures visuelles et constructions du sensible

L’image possède toujours deux modes d’existence : l’un matériel, l’autre mental. Elle s’inscrit dans un support (toile, pierre, papier, écran…) et dans l’esprit de son auteur/regardeur. Une image montre autant qu’elle cache et le regard est une construction culturelle. La culture visuelle d’une société définit aussi bien les objets qu’elle produit pour être regardés que les manières de voir et les théories de la vision, les représentations dominantes comme les imaginaires minoritaires qui s’y repèrent. Les histoires, les théories et les politiques de la vision impliquent une approche matérialiste des images, dans la mesure où l’on s’intéresse ici aux dispositifs à la fois techniques et idéologiques qui forment la culture visuelle de chaque société, que cela soit au Moyen Âge ou aujourd’hui, en Europe ou ailleurs. Le rôle central de la vision dans les pratiques sociales, scientifiques, politiques, etc. nécessite un examen à la fois précis et critique.

Cet examen du rôle de la vision est aujourd’hui complété par des recherches élargies à l’ensemble des expériences sensorielles dans le cadre des travaux consacrés aux arts of display des historiens de l’art. Ceux-ci placent la question du rapport du spectateur à l’œuvre d’art au cœur de leurs réflexions en s’appuyant autant sur les outils traditionnels de la recherche historique (comme les témoignages d’époque) que sur les dispositifs de reconstitution les plus récents relevant des techniques numériques. À ce titre, ces explorations nouvelles sont propices aux collaborations pluridisciplinaires.

Les cultures visuelles couvrent donc un très large champ d’exploration et répondent à de multiples approches scientifiques : anthropologie de l’art et des images, visual studies anglo-américaines, « nouvelle histoire de l’art », histoire sociale des images vernaculaires, etc.

L’IRHiS accorde depuis longtemps une importance particulière à l’étude des cultures visuelles, ce qui en fait un laboratoire de SHS pionnier en la matière, soutenu par l’université de Lille et la Région qui ont fait de l’image un domaine d’excellence scientifique et de développement économique. Les activités du laboratoire concernant les cultures visuelles se prolongent en effet dans le programme Sciences et Cultures du Visuel (SCV), soutenu par le CNRS et basé au cœur d’un site scientifique et économique consacré à l’image (l’Imaginarium à Tourcoing), qui abrite un équipement de haute technologie visuelle (Equipex IrDIVE). SCV regroupe plusieurs équipes au sein de l’université de Lille et des collaborations avec de nombreux partenaires locaux de renommée nationale ou internationale (Plaine Images, Pictanovo, le Studio national de création artistique Le Fresnoy, le musée du Louvre-Lens, etc.). De plus, les chercheurs de l’université de Lille ont la possibilité de répondre régulièrement à des appels à projets qui privilégient les approches innovantes des images, tant du point de vue technologique que méthodologique, et d’inviter des chercheurs étrangers en résidence (CPER MAuVE). Enfin, les recherches sur les cultures visuelles peuvent trouver un débouché dans la nouvelle collection « Iconophilies » des Presses universitaires du Septentrion.

De même que les images, la musique et le son peuvent être abordés comme des pratiques sensibles ; de même que les images, la musique et le son sont l’objet de recherches interdisciplinaires, croisant notamment les sciences humaines et sociales (histoire et sociologie en particulier), la musicologie, l’économie, l’ingénierie, l’esthétique et la psychologie. Les recherches menées à l’IRHiS dans ces domaines s’intègrent au développement récent des sound studies : outre les aspects politiques, économiques, sociaux et culturels liés à l’histoire du sonore, incluant, entre autres, les moyens de production, d’enregistrement, de diffusion, les réseaux et les acteurs sociaux, ainsi que les usages sociaux et politiques, c’est bien toute la gamme des sonorités historiques et des cultures sonores, l’audible, mais aussi l’inaudible, avec les valeurs sociales qu’ils véhiculent et les effets qu’ils produisent qui sont étudiés ici.

3.2. Le corps : enjeux culturels et sociaux

Les « études de mode » ou fashion studies ont trouvé depuis longtemps à l’IRHiS un point d’ancrage. L’université de Lille est localisée dans une région où le patrimoine textile est particulièrement riche et où la mémoire de l’industrie textile est encore très vive. Outre l’étude économique des artefacts vestimentaires, leur production et leur consommation en particulier, l’accent est mis ici sur leur relation au corps « culturalisé » en tant que vecteur privilégié d’identité, de statut et de genre. Comme interface entre l’intériorité et le visible et comme objet d’attraction et de prestige, le vêtement est un objet de choix pour explorer les rapports du voir et du pouvoir, de l’être et du paraître dans le monde occidental, avec ses logiques historiques propres, comme la « mode » ou la gouvernementalité par la consommation, mais aussi dans le sens d’une histoire comparée des présentations de soi et de l’autre. Ces recherches concernent aussi bien les périodes anciennes que contemporaines.

À ces divers titres, les représentations correspondantes, qu’elles soient discursives ou imagées, symboliques ou documentaires, sont étroitement associées aux enquêtes en cours et à venir, comme le Groupement d’intérêt scientifique (fondé en 2015) Apparences, corps et société (dont l’IRHiS contribue à définir l’orientation scientifique et qui réunit 35 centres de recherches universitaires et musées répartis dans 12 pays. Le pôle 3, à travers ce GIS, entend développer l’histoire des apparences en France et la décloisonner (la décoloniser) sur le plan international, à partir de problématiques à la croisée de l’histoire de la culture matérielle, du corps et du genre.

Parallèlement, l’IRHiS est à l’origine de deux revues scientifiques portant sur le vêtement, la mode et le textile : Apparence(s) et Modes pratiques (en collaboration avec l’École Supérieure des arts appliqués Duperré).

Les investigations transdisciplinaires menées récemment sur la matérialité du droit de punir et de la contrainte pénale s’inscrivent également dans cette optique (projet quinquennal MSHA Des justices et des Hommes [coll. M. Charageat-M. Soula] ; PHC Polonium Condamnés à mort, fourches patibulaires et lieux d’inhumation [coll. P. Duma]). Dans une réflexion liant perception de l’espace, signification et représentation sociale de vestiges, ces réflexions repensent les formes et les sens des lieux de jugement, d’enfermement et d’exécution, accordent une véritable place aux objets de la justice et s’attachent aux corps produits et gérés par la justice du Moyen Âge à l’époque contemporaine.

Le corps, enfin, à travers les recherches menées au sein de l’IRHiS dans le cadre de l’histoire du genre et des sexualités, de l’histoire de la médecine, mais aussi de l’histoire des spectacles et de la performance, ainsi que de l’histoire du sport, est envisagé comme corps genré et sexué, corps performé et performant, objet de désir et de répulsion, support d’expression ouvert à toutes les transformations (tatouages, piercing, chirurgie esthétique…), sujet d’expériences  et d’expérimentations.

3.3. Productions, usages et imaginaires du monde matériel

À l’heure d’un renouveau des études sur les objets découverts en contexte archéologique, sur ceux conservés dans les musées, sur ceux mentionnés dans les documents textuels et représentés sur les sources iconographiques, le pôle 3 entend également s’interroger sur la chaîne opératoire allant de la confection à l’utilisation. La matérialité s’entend en effet comme un cycle de production où la transformation de la matière en matériaux intervient dans la réalisation concrète d’un objet et même d’un édifice. Le Laboratoire est ainsi associé à la revue d’anthropologie Techniques&Culture, pionnière dans cette approche dans un souci d’ouverture pluridisciplinaire nécessaire pour prendre en compte les divers enjeux des techniques et des physicalités.

L’enquête sur les usages des objets et leur impact sur la culture matérielle du quotidien permet d’appréhender comment leur diffusion et leur appropriation, mais aussi leur destruction/abandon, tant géographique que sociologique, sont contraintes, non seulement par leurs spécificités matérielles propres mais aussi par des normes, des valeurs, des pratiques sociales en partie relayées par le droit. Ces formes institutionnelles de nature diverse (réglementations sur les activités artisanales et industrielles, contrôle des pollutions olfactives, sonores et visuelles provoquées par les usages dans l’espace public, propriété intellectuelle...) mettent en jeu des différences symboliques qui viennent encadrer les circulations matérielles.

Mais c’est toute action politique qui peut être analysée par ses moyens matériels et ses objets. L’étude en particulier des objets du quotidien intéresse désormais les recherches sur la culture politique au sens large, comme culture de ceux qui gouvernent et de ceux qui sont gouvernés, impliquant par exemple les individus, les syndicats ou encore l’Église.

Dans la longue durée des rapports entre matérialité et immatérialité en Occident, l’Église et la sphère du religieux sont sans doute le premier fabriquant de « statuts » singuliers, d’êtres et de choses « hors normes » : images animées, substances ou lieux sacrés... Le paradoxe de la matérialité du spirituel, et ses institutions, intéressent au premier chef ce pôle. Cette perspective s’inscrit dans les avancées récentes des historiens et des ethnologues sur les « matérialités religieuses ». Le laboratoire est membre du GIS « Religions » (dirigé par Philippe Martin à Lyon). De plus, l’IRHiS est aussi associé à l’IEFR (Institut d’Étude du Fait Religieux) d’Arras. On ajoutera aussi que l’IRHiS, par ses chercheurs, a contribué aux projets ÉPIRE (Études Pratiques et Interdisciplinaires des Religions Établies) de la MESHS, avec d’autres laboratoires (CECILLE, HALMA), en 2017-2018 et 2018-2019. La journée que l’IRHiS a eu en charge cette année portait sur « sanctuaires en contexte » (https://www.meshs.fr/page/etudespra170710155956).

Les recherches menées dans le cadre du pôle matérialités et immatérialités s’appuient actuellement sur les séminaires du laboratoire « Culture matérielle et visuelle » (École doctorale SHS Lille Nord de France), « Imago », « Objets », et prolongent l’offre de formation des masters Archives, Histoire de l’art, Patrimoine et musées, et Sciences et cultures du visuel. Des enseignements en licence sont également proposés dans ces domaines (histoire, histoire de l’art, industries culturelles-arts-sociétés). L’élargissement des perspectives de recherche et d’enseignements est en outre conforté par une série de collaborations, notamment entre des chercheurs de l’IRHiS et des étudiants d’histoire inscrits au programme de recherche du Centre d’étude des arts contemporains (CEAC) intitulé « Écritures sonores de l’histoire ». Ce partenariat s’inscrit dans la continuité des travaux déjà menés par les membres de l’IRHiS en sound studies et prendra des formes diverses (séminaires, co-direction de thèses, projets de recherches collectifs, etc.).