Séminaire doctoral "Cultures matérielles et visuelles"

Séminaire

Séminaire soutenu par l’ED SHS, l’IRHiS, CECILLE et la Fédération de Recherche « Sciences et Cultures du visuel »

19 MAI 2022
13h30-17h
Salle F0.15
• Maison de la Recherche, Site du Pont-de-Bois, ULille

 

Iconoclasmes contemporains


En 2020, dans le sillage de la mort de George Floyd et du vaste mouvement Black Lives Matter, des statues érigées sur les places publiques de personnes liées à l’histoire de l’esclavage sont déboulonnées un peu partout dans le monde. Parallèlement, depuis 2015, la publication des caricatures danoises du prophète de l’Islam Mohammed continuent à susciter des réactions violentes, la dernière en date étant le meurtre de l’enseignant Samuel Paty le 16 octobre 2020. Quasiment au même moment, le 6 octobre, une installation de l’artiste Erik Samakh dans la chapelle de Kerguéhennec est détruite par un groupe de « catholiques anonymes en colère », selon le communiqué de revendication de l’action.

Ces différentes manifestations de violence à l’égard des images réactivent un thème connu de l’histoire de l’art et de l’anthropologie visuelle : l’iconoclasme. Si l’histoire de l’iconoclasme est aujourd’hui bien étudiée grâce à de nombreuses recherches dans le domaine des images chrétiennes, politiques ou artistiques, l’étude de ses manifestations contemporaines est rendue plus difficile parce qu’elles sont majoritairement présentées de manière biaisée dans le débat médiatique : assimilées à de simples faits de « vandalisme », ou au contraire considérées comme des symptômes d’un pseudo « choc des civilisations », confondus avec des formes de censure ou avec la mal nommée « cancel culture », les actions iconoclastes contemporaines sont rarement interrogées avec un appareillage conceptuel approprié. Quelles sont les motivations des iconoclastes ? S’agit-il de faits comparables, symptômes d’un durcissement généralisé des tensions sociales, ou de phénomènes à distinguer dans leur genèse, leur développement et leurs effets ? Ces actions violentes manifestent-elles la place toujours plus centrale accordée aux images dans la société, pour le meilleur et pour le pire ? Quel rôle jouent les médias dans le déclenchement des crises iconoclastes, dans leur diffusion et dans leur réception ? Pour répondre à ces questions, nous réunirons des spécialistes qui aborderont certains cas emblématiques afin d’en montrer la complexité et les enjeux réels.

 

13h30 Thomas Golsenne (IRHiS, ULille), Introduction

14h15 Emmanuel Fureix (CRHEC, UParis-Est-Créteil), L'iconoclasme politique au miroir du passé : le cas du XIXe siècle français

15h15 Franck Freitas-Ekue (Cresppa, UParis 8), Quand les statues ne laissent pas de marbre. Le cas du déboulonnement des statues dans le sillage du mouvement Black Lives Matter

16h15 Agate Lesage (ULille, sous réserve), Censure et biais discriminatoires sur le réseau social Instagram. Étude de la censure des tétons dits féminins

 

Contact
(Journée 1) Thomas Golsenne

 

 

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1er JUIN 2022
10h-17h
F0.13
• Maison de la Recherche, Site du Pont-de-Bois, ULille

Apparitions, présences, émotions : les lieux du trouble

Des villageois voient sur un mur le visage du Christ. Une statuette se met à faire des miracles. Une demeure est dite hantée... Ce sont des histoires banales. Elles remplissent les yeux et les lieux. Mais tout les distingue de notre horizon sensible quotidien où l’art et l’exubérance défraient la chronique. Elles sont uniques et situées, à rebours du déferlement continu des phénomènes et des images immatériels qui retiennent l’attention de la critique comme des adulateurs des industries numériques. Comment y résister ? se demandent-ils. Comment se rapporter à la chose publique ou aux siens à travers le partage d’images et l’enregistrement du réel ? Mais pendant ce temps, l’image religieuse (sa religiosité ou cette autre façon de se relier à l’invisible) est largement oubliée d'eux. Pendant ce temps, les objets par lesquels vivants et morts reprennent langue et entrent en relation par les images ou l’espace domestique, n’ont jamais quitté nos pratiques.

De fait, les lieux sont toujours pris de hantement. Les sanctuaires de Medjugorje ou Kibeho ne désemplissent pas. Des processions d’images ont lieu chaque année. Les jeunes criminels de Mexico font des offrandes à la Sainte Mort. Partout les gens adressent des messages aux invisibles, des hosties saignent, des icônes suintent. On s’interroge : le personnage céleste est-il dans son image ou agit-il à travers elle ? Les communautés de pratiques et les émotions s’arriment souvent à de longues traditions. Qu’il s’agisse d’apparitions, d’esprit ou de miracle, on entend souvent : « On se croirait au Moyen Âge ! » Cette interjection suggère des attitudes archaïques et populaires, mais elle se double parfois d’une autre : « Et si seulement c’était vrai ! » Comme si l’on ne pouvait se résoudre à vivre dans un monde d’objets inanimés, dépourvu de tout mystère. C’est à l’exploration de ces entre-deux, à partir de cas singuliers, que se livreront plusieurs spécialistes.

 

Gil Bartholeyns (IRHiS, ULille), Introduction

Grégory Delaplace (GSRL, EPHE), Les formes de la querelle - anthropologie du poltergeist  

Ezio d’Agostino (photographe), Photographie, mythe et mimêsis : une enquête visuelle autour du phénomène d’apparitions religieuses en Italie
Fanny Charrasse
(LIÉR, EHESS), Apparition d’esprits en France et pyramides enchantées au Pérou : une enquête sur les conflits d’ontologisations

Pierre Lagrange (EHESS / LIÉR), Pourquoi les ufologues n’ont pas domestiqué les soucoupes volantes (1947-2022) : propositions pour étendre le principe de symétrie

 

Contact

(Général et Journée 2) Gil Bartholeyns

 

 

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16 JUIN 2022
9h30-18h
F0.13
• Maison de la Recherche, Site du Pont-de-Bois, ULille


« Femme, femme, femme » : images, clichés, genres

Cette journée d’étude se propose d’explorer toute l’amplitude des représentations de femmes, femmes-objets, femmes-autrices, femmes-créatrices, notamment en peinture et en photographie, en se jouant des clichés sur l’«éternel féminin», sur la proximité entre femme et nature ou entre les femmes et l’environnement naturel.

Historiens de l’art, conservateurs, philosophes et sciences cognitives pourront être convoqués afin d’établir une épistémè de l’idolâtrie féminine et de l’iconologie féministe, en un regard critique qui mettra à distance les perspectives essentialistes et fournira des micro-analyses ci-blées sur les stratégies de représentation et de création des femmes.

 

 9h30 Laurent Châtel et Laure Nermel (CECILLE  ULille), Introduction

             9h45-12h30 Genres et natures

 Carole Blumenfeld, La scène de genre au XVIIIe siècle, l’exemple de Marguerite Gérard

 Béatrice Laurent (UBordeaux) et Anne-Florence Gillard Estrada (URouen), Sirènes, éternel féminin par excellence ?

 Leïla Jarbouai (Musée d’Orsay), Femmes, peinture animalière, et identité(s) : le cas de Rosa Bonheur

Patricia Bouchenot Déchin, L’énergie d’une lionne dans un corps d’oiseau (Albin Michel, 2022) : biographie romancée d’une femme-artiste

14h00 Dame Marina Warner (Birkbeck, Londres), Heroic Speech : The voices of women from Joan of Arc to Shahrazad

            15h-16h15 Au musée : de la censure aux pratiques contemporaines

Julie Botte (Université Sorbonne-Nouvelle), Les représentations de femmes dans les musées d’art, déconstruire les stéréotypes de genre

Liliane Cuesta Davignon (Museo Nacional de Cerámica y Artes Suntuarias González Martí, Valence), Des suffragettes à #MeToo, un siècle de revendications féministes dans les musées

            16h30-117h45 Femmes, photographies et affiche

Clara Bouveresse (UEvry-Paris Saclay), « Femmes photographes » : luttes contemporaines

Marie Docher (artiste), En coulisse, le travail d’une artiste

Antonella Mauri (CECILLE, ULille), La femme idéale : une iconographie fasciste inspirée du mythe de la race

 

Contact
(Journée 3) Laurent Châtel

 

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